L’utilisation de l’article 49.3 par le Premier ministre français Sébastien Lecornu pour faire adopter le volet recettes du budget 2026 ne se limite pas à une confrontation entre la majorité et l’opposition de gauche. Cet acte d’autorité a réveillé de profondes divisions au sein du parti Les Républicains (LR), dont la position est désormais décisive pour la survie du gouvernement. Alors que la direction du groupe parlementaire prône la stabilité, une voix influente de la direction du parti s’élève pour réclamer une rupture immédiate.
Mardi dernier, Sébastien Lecornu a engagé la responsabilité de son gouvernement devant l’Assemblée nationale, justifiant ce passage en force par la nécessité d’adopter rapidement un budget vital pour l’effort de défense et la réponse à la crise agricole. Une manœuvre qui a immédiatement cristallisé les tensions à droite. Mercredi 21 janvier, Laurent Wauquiez, président du groupe Droite Républicaine, a tenté de fixer une ligne de conduite claire en excluant tout soutien aux motions de censure. Invoquant un contexte international instable, il a jugé qu’il « ne serait pas sérieux de faire tomber le gouvernement », privilégiant une posture de responsabilité face à l’urgence budgétaire.
Cette stratégie de maintien a toutefois été vivement contestée quelques heures plus tard sur les ondes de RTL. David Lisnard, maire de Cannes et vice-président de LR, a pris le contre-pied total de la position parlementaire de son parti. Dénonçant les « incohérences » stratégiques de sa famille politique, il a appelé la droite à « sortir de l’ambiguïté » et à assumer pleinement son rôle d’opposition. Pour l’élu, la logique est sans appel : « Il faut censurer une politique que l’on combat. La vie est simple : il faut être cohérent ».
Selon les informations rapportées par l’agence Anadolu, cette prise de position s’est accompagnée d’une interpellation directe envers la direction du parti. David Lisnard a exhorté Bruno Retailleau, président de LR, à « agir en patron ». Il plaide pour une stratégie offensive consistant à déposer une motion de censure propre à la droite, accompagnée d’un contre-budget, seule manière selon lui d’incarner une alternative crédible. Ces divergences publiques illustrent la difficulté persistante des Républicains à définir une ligne commune face à l’exécutif, tiraillés entre la crainte du chaos institutionnel et la volonté de marquer leur différence politique.

