Interrogé sur la portée contemporaine de l’œuvre d’Amílcar Cabral, l’enseignant-chercheur Mamadou Kabirou Gano a établi un parallèle analytique entre le mouvement historique de libération de la Guinée-Bissau et l’ascension du Pastef. Si des similitudes opérationnelles existent dans la conquête du pouvoir, l’universitaire pointe, dans les colonnes de Sud Quotidien, une divergence fondamentale concernant la construction doctrinale des militants.
La figure d’Amílcar Cabral continue de susciter l’intérêt des chercheurs, cinquante ans après sa disparition. Sollicité par Baye Oumar Gueye pour analyser l’héritage du leader indépendantiste de la Guinée-Bissau et du Cap-Vert, Mamadou Kabirou Gano a d’abord tenu à rappeler la dimension plurielle du personnage. Loin de se limiter à un rôle de chef de guerre, Cabral incarnait une synthèse rare entre l’action et la réflexion.
Selon l’universitaire, cette complexité permet de hisser Cabral au niveau des grandes figures historiques du continent, aux côtés de Kwame Nkrumah, Patrice Lumumba ou Cheikh Anta Diop. « Cabral nous inspire à bien des égards parce qu’il était une figure aux multiples facettes. Il fut à la fois un leader politique capable de mobiliser les masses pour libérer son pays, un théoricien réfléchissant sur sa propre pratique et sur les réalités sociopolitiques locales, un chef militaire, un diplomate et également un formateur », détaille-t-il.
La mobilisation ne suffit pas
L’analyse de Mamadou Kabirou Gano prend une tournure plus actuelle lorsqu’il confronte cet héritage historique à la trajectoire du Pastef. Sur le plan purement stratégique, le chercheur reconnaît une filiation évidente dans la méthode : tout comme le PAIGC (Parti africain pour l’indépendance de la Guinée et du Cap-Vert) avait su mobiliser la paysannerie pour l’indépendance, le Pastef a démontré une capacité similaire à fédérer les foules pour accéder à la magistrature suprême.
Cependant, cette efficacité dans la mobilisation masque, selon l’enseignant-chercheur, une fragilité structurelle. En se référant à l’exigence de Cabral, qui « exhortait ses militants à s’armer idéologiquement », M. Gano identifie un manque au sein de la formation politique sénégalaise actuelle. Pour lui, l’action politique ne peut s’inscrire dans la durée sans une base théorique claire.
« On ne peut pas mener une action politique éclairée sans construire un socle idéologique solide », a-t-il précisé à nos confrères. C’est sur ce point précis que la comparaison atteint ses limites, l’universitaire concluant que ce « socle idéologique demeure insuffisamment défini chez de nombreux militants du Pastef » et, par extension, au sein d’une partie de la société sénégalaise.


