L’onde de choc provoquée par l’affaire Jeffrey Epstein continue de secouer les hautes sphères économiques et politiques mondiales. Plusieurs années après la mort du financier américain en prison, la déclassification progressive des documents judiciaires fait tomber de nouvelles têtes. Cette fois, c’est au sommet d’un empire hôtelier international que les répliques du scandale se font sentir, poussant un dirigeant historique à la sortie après la mise en lumière de relations jugées incompatibles avec l’éthique de son entreprise.
Thomas J. Pritzker, figure emblématique et président exécutif de Hyatt Hotels Corporation, a annoncé son départ immédiat de la présidence exécutive. À 75 ans, celui qui dirigeait le conseil d’administration depuis 2004 a également précisé qu’il ne solliciterait pas de nouveau mandat lors de l’assemblée annuelle des actionnaires prévue en 2026. Cette décision radicale fait suite à la publication récente de fichiers par le ministère américain de la Justice, exposant la nature et la durée de ses liens avec Jeffrey Epstein et sa complice Ghislaine Maxwell.
Selon les informations relayées par Al Jazeera, ce ne sont pas simplement les contacts qui sont en cause, mais leur chronologie précise. Les documents révèlent en effet que le milliardaire a maintenu des échanges réguliers avec le financier bien après sa condamnation pour crimes sexuels en 2008. C’est ce maintien des relations, en toute connaissance de cause du passif judiciaire d’Epstein, qui a rendu la position de Pritzker intenable vis-à-vis du conseil d’administration.
Dans une lettre adressée à la direction de Hyatt, l’homme d’affaires a exprimé ses regrets sans détour, qualifiant son attitude de « jugement terrible ». « Une bonne gouvernance signifie aussi protéger Hyatt », a-t-il déclaré, ajoutant qu’il n’y avait « aucune excuse » pour ne pas avoir pris ses distances plus tôt avec le couple Epstein-Maxwell.
Ce départ s’inscrit dans une vague de démissions touchant l’élite mondiale à mesure que les archives judiciaires s’ouvrent. La semaine dernière, Kathryn Ruemmler, directrice juridique de Goldman Sachs, a quitté ses fonctions pour des motifs similaires. L’enquête s’étend bien au-delà des frontières américaines : la police norvégienne a mené des perquisitions liées à l’ancien Premier ministre Thorbjorn Jagland, tandis que Sultan Ahmed bin Sulayem a été remplacé à la tête de DP World, le géant portuaire mondial.
La pression s’accentue également au Royaume-Uni. Peter Mandelson, ancien ambassadeur britannique à Washington, fait l’objet d’une demande d’audition par le Congrès américain. Nommé en février 2025, il avait été écarté de son poste dès septembre de la même année par le gouvernement de Keir Starmer, après l’apparition de nouvelles preuves attestant de la profondeur de ses liens avec le réseau Epstein.


