Les électeurs portugais se rendent aux urnes ce dimanche pour le premier tour de l’élection présidentielle. Un scrutin particulièrement scruté en Europe car il pourrait aboutir à une configuration politique jamais observée depuis quatre décennies. Selon les informations relayées par notre source principale, Al Jazeera English, la montée en puissance d’un candidat d’extrême droite risque de forcer la tenue d’un second tour, fait inédit dans l’histoire récente du pays.
Les bureaux de vote ont ouvert leurs portes à 8 heures locales (08h00 GMT) pour accueillir près de 11 millions d’électeurs appelés à départager onze candidats. Si les résultats des sondages à la sortie des urnes sont attendus douze heures après l’ouverture, les projections dessinent déjà une tendance lourde : la fin probable des victoires au premier tour.
La percée de l’extrême droite et le spectre du second tour
Au cœur de cette dynamique se trouve Andre Ventura, leader du parti d’extrême droite Chega (« Assez »). Les sondages indiquent qu’il pourrait arriver en tête de ce premier tour, bien que les projections le donnent perdant lors d’un éventuel second tour le 8 février, quel que soit son adversaire.
Cette situation marquerait un tournant historique. Depuis quarante ans, aucun scrutin présidentiel portugais n’a nécessité de second tour, le vainqueur ayant toujours réussi à sécuriser plus de 50 % des voix dès le premier vote. La fragmentation actuelle du paysage politique semble mettre fin à cette ère.
Une campagne marquée par un discours anti-immigration
La progression de Chega, devenu la deuxième force politique au parlement l’an dernier seulement six ans après sa fondation, repose sur une rhétorique radicale. Andre Ventura a fait de ce qu’il qualifie d’« immigration excessive » l’une de ses cibles privilégiées.
Durant la campagne, des affiches aux slogans xénophobes ont été placardées à travers le pays, proclamant notamment : « Ce n’est pas le Bangladesh » ou encore « Les immigrants ne devraient pas être autorisés à vivre des aides sociales ». Une stratégie qui tranche avec la tradition politique portugaise, dominée depuis un demi-siècle par l’alternance entre le Parti social-démocrate (centre-droit) et le Parti socialiste (centre-gauche).
Les enjeux de la fonction présidentielle
Le vainqueur succédera à Marcelo Rebelo de Sousa, qui a atteint la limite de deux mandats de cinq ans. Si le président au Portugal occupe une fonction largement honorifique sans pouvoir exécutif direct, son rôle reste central. Chef de l’État, il se doit d’arbitrer les conflits et d’apaiser les tensions.
Il dispose néanmoins de leviers constitutionnels puissants : il peut opposer son veto aux lois votées par le parlement — bien que ce veto puisse être surmonté — et possède surtout le pouvoir de dissoudre l’assemblée pour convoquer des élections législatives anticipées.
Face à Ventura, les principaux candidats issus des partis traditionnels sont Luis Marques Mendes, du Parti social-démocrate actuellement au gouvernement, et Antonio Jose Seguro, du Parti socialiste.


