Alors que les préparatifs pour les Jeux olympiques d’hiver de Milan-Cortina s’accélèrent, une tension diplomatique inattendue émerge entre Bruxelles et Washington. La question de la sécurité de la délégation américaine, qui doit inclure de hauts dignitaires de l’administration de Donald Trump, suscite une vive opposition au sein des institutions européennes. Au cœur de ce bras de fer ne se trouve pas l’armée américaine régulière, mais une agence fédérale spécifique dont les méthodes sont jugées incompatibles avec les standards européens.
**Une demande officielle d’interdiction de territoire**
Le groupe de La Gauche (The Left) au Parlement européen a saisi officiellement la Commission européenne pour empêcher le déploiement d’agents de l’Immigration and Customs Enforcement (ICE) sur le sol italien. Dans une correspondance adressée le 27 janvier à Ursula von der Leyen, ainsi qu’au président du Conseil européen Antonio Costa, les coprésidents du groupe, Manon Aubry et Martin Schirdewan, réclament l’activation des articles 29 du TUE et 215 du TFUE. Ces dispositions permettent à l’Union européenne d’imposer des mesures restrictives, incluant des interdictions de voyage, à l’encontre d’entités étrangères.
Selon nos informations, cette requête est motivée par des rapports de presse annonçant l’arrivée imminente de ces agents en Italie courant février. Leur mission consisterait à sécuriser les déplacements du vice-président J.D. Vance et du secrétaire d’État Marco Rubio. Pour les eurodéputés signataires, soutenus par le groupe des Socialistes et Démocrates (S&D), il s’agit d’une ligne rouge. Manon Aubry a d’ailleurs déclaré sur le réseau social X : « Nous ne laisserons pas Trump nous envoyer ses milices ».
**Une « milice » jugée indésirable par Milan**
L’opposition ne se limite pas aux couloirs de Bruxelles. À Milan, ville hôte, les autorités locales ont exprimé un refus catégorique. Le maire Giuseppe Sala, intervenant sur l’antenne de RTL, a qualifié l’ICE de « milice qui tue ». L’édile a affirmé que la sécurité de l’événement pouvait être assurée par les forces locales, ajoutant que ces agents fédéraux n’étaient « pas les bienvenus ». Des sources diplomatiques américaines à Rome, citées par la presse locale, ont tenté de tempérer la situation en précisant que ces agents viendraient uniquement en appui à la sécurité diplomatique, sans mener d’opérations de police.
**Le lourd passif de l’ICE aux États-Unis**
Cette levée de boucliers en Europe trouve sa source dans le climat de violence entourant les opérations de l’ICE outre-Atlantique. Les parlementaires européens pointent une situation des droits de l’homme qui se détériore, évoquant la répression des libertés et des décès imputés à ces unités.
Des incidents récents survenus à Minneapolis alimentent ces craintes. Le 7 janvier dernier, des agents de l’ICE ont abattu Renee Nicole Macklin Good, une citoyenne américaine de 37 ans. Si la secrétaire à la Sécurité intérieure, Kristi Noem, a justifié ce tir par une tentative d’agression au véhicule, un second drame s’est produit le 24 janvier. Lors de manifestations, Alex Jeffrey Pretti, un infirmier de 37 ans sans casier judiciaire, a été tué par balle alors que les agents tentaient de l’interpeller. La police locale a confirmé que la victime détenait légalement une arme, renforçant les critiques sur les méthodes d’intervention de l’agence fédérale.

