En visite à Port-Soudan pour la première fois depuis le début du conflit en avril 2023, Volker Türk, Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme, a dressé un tableau sombre de la situation sur place. Au-delà de la description de l’« enfer » vécu par les populations, le diplomate a pointé du doigt une gestion des ressources qu’il juge particulièrement révoltante dans un pays au bord de la famine.
Selon les informations relayées par Al Jazeera, Volker Türk a qualifié de « méprisable » le fait que des fonds, qui devraient prioritairement servir à soulager la souffrance de la population, soient massivement engloutis dans l’achat d’armes de pointe, et plus spécifiquement de drones. Cette déclaration intervient alors que le pays fait face à une insécurité alimentaire aiguë.
Le responsable onusien a également mis en lumière l’internationalisation inquiétante du conflit. Les Émirats arabes unis font l’objet d’accusations récurrentes concernant la fourniture d’armes et de soutien politique aux Forces de soutien rapide (FSR), malgré les démentis d’Abou Dhabi. Parallèlement, les Forces armées soudanaises (FAS) bénéficient de l’appui de l’Égypte et de l’Arabie saoudite, tout en recevant, selon les rapports, de l’armement en provenance d’Iran et de Turquie.
Sur le terrain, cette course à l’armement se traduit par une militarisation croissante de la société civile et le recrutement d’enfants par toutes les parties au conflit. Ayant recueilli des témoignages d’atrocités « insupportables » commises au Darfour, Volker Türk a alerté sur la reproduction de ces crimes dans la région du Kordofan. Une insécurité grandissante qui force les civils à des déplacements massifs pour échapper aux violences.
Le Haut-Commissaire a insisté sur la nécessité de traduire en justice les auteurs de ces violations, quelle que soit leur affiliation, avertissant que les attaques répétées contre les infrastructures civiles – marchés, hôpitaux, écoles – pourraient constituer des crimes de guerre. Les FSR sont notamment accusées d’avoir tué au moins 1 500 personnes lors de la prise d’el-Fasher en octobre dernier.
L’ampleur de la crise humanitaire reste sans précédent. Selon le Bureau de la coordination des affaires humanitaires (OCHA), 30,4 millions de personnes auront besoin d’assistance en 2025 sur une population de 46,8 millions. Le Soudan traverse actuellement la plus grande crise de déplacement au monde avec environ 13,6 millions de personnes déracinées, les civils payant le prix fort de cette tragédie qui s’enlise.


