C’était une confrontation attendue à Washington. Pour la première fois depuis sa démission en janvier 2025, l’ancien procureur spécial Jack Smith s’est expliqué devant la Commission judiciaire de la Chambre des représentants. Dans une atmosphère électrique, celui qui a supervisé les enquêtes fédérales contre Donald Trump a défendu l’intégrité de ses travaux face aux accusations de partialité politique, tout en pointant du doigt une mesure récente de la nouvelle administration qu’il considère comme un danger pour la sécurité publique.
Nommé en novembre 2022, Jack Smith avait la charge de deux dossiers majeurs : la gestion des documents classifiés retrouvés à Mar-a-Lago et les tentatives d’inversion des résultats de l’élection présidentielle de 2020. Ces procédures ont été abandonnées suite à la réélection de Donald Trump, conformément à la politique du ministère de la Justice interdisant les poursuites contre un président en exercice.
**Une incompréhension totale face aux grâces présidentielles**
Au-delà de la défense de ses dossiers, c’est sur le terrain des valeurs que l’ancien procureur a marqué son intervention. Interrogé sur les premières décisions du président réélu, Jack Smith a exprimé sa stupéfaction concernant les grâces massives accordées aux personnes condamnées pour l’assaut du Capitole le 6 janvier 2021. Ce ne sont pas les grâces en elles-mêmes qui ont provoqué sa réaction la plus vive, mais le profil des bénéficiaires.
« Je ne comprends pas pourquoi vous accorderiez une grâce collective à des personnes qui ont agressé des officiers de police », a déclaré Jack Smith devant les parlementaires. « Je ne le comprends pas. Je ne le comprendrai jamais. »
Selon nos informations, confirmées par les données judiciaires, au moins 140 policiers avaient été blessés lors de cette attaque. Pour l’ancien procureur, la libération de ces individus, dont certains avaient été condamnés à de la prison ferme pour violences, envoie un signal dangereux. Il a souligné que ces personnes représentaient toujours une menace pour leurs communautés.
**La défense de l’État de droit**
Face aux attaques des élus républicains, notamment celles du président de la commission Jim Jordan qui l’a interrogé sur la fiabilité de certains témoins comme Cassidy Hutchinson, Jack Smith a maintenu que ses investigations reposaient exclusivement sur des preuves et sur la loi. Il a affirmé que si la situation se présentait à nouveau aujourd’hui, avec les mêmes faits, il engagerait les mêmes poursuites, quelle que soit l’appartenance politique du président concerné.
« Si nous ne tenons pas les personnes les plus puissantes de notre société responsables devant les mêmes normes de l’État de droit, alors cela peut être catastrophique », a-t-il averti, ajoutant que l’impunité mettait en péril le processus électoral et la démocratie elle-même.
**La riposte immédiate de Donald Trump**
L’audition a été suivie en direct par le président américain, qui a réagi via son réseau social Truth Social. Donald Trump a qualifié l’ancien procureur d’« animal dérangé » et a estimé que Jack Smith se faisait « décimer » par le Congrès. Le chef de l’État a réitéré sa position selon laquelle ces enquêtes n’étaient qu’une « escroquerie démocrate » destinée à nuire à sa campagne.
Jack Smith a également dû justifier certaines méthodes d’enquête, comme l’obtention de relevés téléphoniques de membres du Congrès ou l’usage d’ordonnances de non-divulgation. Il a expliqué ces mesures par la nécessité de protéger les témoins face aux risques d’intimidation, citant les menaces publiques proférées par Donald Trump à l’encontre de ceux qui s’opposaient à lui.


