L’alternance politique au Népal s’accompagne de décisions judiciaires immédiates. Au lendemain de la prestation de serment du nouveau cabinet ministériel, les autorités ont enclenché une procédure visant directement les plus hauts responsables de l’administration sortante, en lien avec les événements tragiques survenus l’année dernière.
Selon les informations rapportées par Al Jazeera, la police népalaise a procédé, samedi, à l’arrestation de l’ancien Premier ministre KP Sharma Oli et de l’ex-ministre de l’Intérieur Ramesh Lekhak. Les deux hommes sont mis en cause pour leur rôle présumé dans la violente répression des manifestations de l’année écoulée.
Le porte-parole de la police de la vallée de Katmandou, Om Adhikari, a confirmé ces interpellations matinales en précisant que la procédure suivrait son cours légal. KP Sharma Oli, âgé de 74 ans, a été appréhendé à sa résidence de Bhaktapur, en banlieue de la capitale. Des images diffusées ultérieurement l’ont montré entrant dans un hôpital, vêtu de blanc et entouré d’un dispositif policier. Son ancien ministre de l’Intérieur a été arrêté dans le même secteur.
Ces détentions interviennent vingt-quatre heures après l’investiture du Premier ministre Balendra Shah, 35 ans, ancien rappeur devenu homme politique, et de son gouvernement. Son parti, le Parti Rastriya Swatantra (RSP), a récemment remporté une large victoire aux élections législatives, porté par une volonté de changement politique impulsée par la jeunesse. Lors de ce scrutin, Balendra Shah a d’ailleurs battu KP Sharma Oli dans sa propre circonscription.
Le dossier à l’origine de ces arrestations remonte au soulèvement anti-corruption des 8 et 9 septembre 2025. Déclenchées par une brève interdiction des réseaux sociaux, les manifestations s’étaient amplifiées sur fond de difficultés économiques. La répression avait fait au moins 77 morts, dont 19 jeunes lors de la première journée. Les troubles s’étaient ensuite étendus à l’échelle nationale, entraînant l’incendie de bâtiments officiels et la chute du gouvernement.
Lors de son premier conseil des ministres tenu vendredi, la nouvelle équipe dirigeante a décidé d’appliquer les recommandations d’une commission d’enquête mise en place sous l’administration intérimaire. Le rapport de cette commission indique qu’il n’a pas été établi qu’un ordre direct de tirer ait été donné, mais souligne qu’aucun effort n’a été fait pour stopper les tirs. Le document pointe une négligence ayant conduit à la mort de mineurs.
Le nouveau ministre de l’Intérieur, Sudan Gurung, a justifié cette action sur Facebook, affirmant que la promesse était tenue et que personne n’était au-dessus des lois. Il a précisé qu’il ne s’agissait pas d’une vengeance, mais du début de la justice, estimant que le pays prenait une nouvelle direction.
De son côté, l’ancien Premier ministre n’a pas encore réagi publiquement à son arrestation. Par le passé, KP Sharma Oli avait nié avoir ordonné aux forces de sécurité de tirer sur la foule, imputant les violences à des « infiltrés » lors de sa campagne électorale du 5 mars.


