Dans un contexte de tensions diplomatiques croissantes en Asie de l’Est, la sécurité des approvisionnements en matériaux stratégiques est devenue une priorité absolue pour l’archipel nippon. Alors que les chaînes d’approvisionnement mondiales restent largement dominées par un seul acteur régional, le gouvernement japonais a orienté ses recherches vers des zones inexplorées de son territoire maritime. Cette quête d’autonomie vient d’aboutir à un résultat scientifique majeur qui pourrait redessiner la carte énergétique de la région.
L’annonce a été officialisée ce lundi par le gouvernement : une mission de test en eaux profondes a réussi à extraire des sédiments contenant des terres rares à une profondeur record de 6 000 mètres. Selon les informations rapportées par Al Jazeera, cette opération menée dans l’océan Pacifique par l’Agence japonaise pour les sciences et technologies marino-terrestres (JAMSTEC) marque une première mondiale à un tel niveau de profondeur.
Le navire de forage scientifique Chikyu, parti le mois dernier, a concentré ses recherches autour de l’île isolée de Minami Torishima. Cette zone, située dans les eaux économiques japonaises, abriterait un gisement estimé à plus de 16 millions de tonnes de terres rares. Le quotidien économique Nikkei classe cette réserve potentielle comme la troisième plus importante à l’échelle mondiale, une donnée qui justifie les moyens techniques considérables déployés par Tokyo.
L’enjeu dépasse largement le cadre scientifique. Le Japon importe actuellement environ 70 % de ses terres rares de Chine, une dépendance que Tokyo cherche activement à réduire. Ces 17 métaux, indispensables à la fabrication de véhicules électriques, de disques durs, d’éoliennes ou encore de missiles, sont au cœur d’une bataille géopolitique. Kei Sato, porte-parole du gouvernement, a qualifié cette récupération de sédiments de « réalisation significative tant en termes de sécurité économique que de développement maritime global ».
Cette accélération des recherches survient alors que les relations diplomatiques entre Tokyo et Pékin se sont tendues ces derniers mois. La Première ministre japonaise, Sanae Takaichi, a récemment suggéré que Tokyo pourrait réagir militairement en cas d’attaque chinoise sur Taïwan. En réponse, Pékin a bloqué les exportations de certains articles à « double usage » militaire, ravivant les craintes japonaises d’un étranglement des approvisionnements en minerais critiques.
Pour sécuriser ses besoins futurs, le Japon ne mise pas uniquement sur l’extraction domestique. Un accord a été signé fin d’année dernière avec les États-Unis pour coordonner l’approvisionnement en terres rares, les deux alliés cherchant à contrecarrer le contrôle exercé par la Chine sur ces ressources vitales. L’analyse des échantillons récupérés par le JAMSTEC doit désormais déterminer la quantité exacte et la viabilité économique de cette ressource enfouie dans les abysses.


