La rivalité politique entre le président de la République Bassirou Diomaye Faye et son Premier ministre Ousmane Sonko pourrait connaître une nouvelle phase d’intensification dans les prochaines semaines. Selon le quotidien Wal Fadjri, citant des sources proches des milieux politiques, les partisans du leader de Pastef auraient enclenché une stratégie de riposte structurée autour de trois axes majeurs : législatif, financier et politique. Cette démarche interviendrait dans un contexte marqué par la création récente de la coalition « Diomaye-Président », perçue par certains cadres de Pastef comme une tentative de recomposition du paysage politique autour du chef de l’État.
D’après les informations relayées par le journal, les soutiens d’Ousmane Sonko chercheraient désormais à consolider leurs positions institutionnelles et à préparer les échéances politiques à venir, tout en réaffirmant leur influence au sein de la majorité parlementaire. Le quotidien indique que cette stratégie s’articulerait autour d’initiatives parlementaires, d’actions visant la gestion des ressources publiques et d’une réorganisation des alliances politiques.
Sur le plan législatif, les députés proches de Pastef envisageraient de modifier certaines dispositions du Code électoral. L’objectif affiché serait de sécuriser l’avenir politique d’Ousmane Sonko en vue des prochaines échéances électorales, notamment la présidentielle de 2029. Forts de leur majorité à l’Assemblée nationale, où ils disposent de 130 sièges sur les 165 que compte l’institution, les parlementaires du parti travailleraient à une réforme ciblant les articles L29 et L30 du Code électoral.
Ces dispositions avaient joué un rôle déterminant dans l’inéligibilité d’Ousmane Sonko lors de l’élection présidentielle de 2024. Pour certains responsables de Pastef, leur révision permettrait d’éviter qu’un candidat puisse être écarté d’une compétition électorale par le biais de mécanismes juridiques contestés. Citée par Wal Fadjri, la figure influente du parti Waly Diouf Bodiang estime que la majorité parlementaire actuelle offre l’opportunité de revoir ces dispositions. « Puisque nous avons la majorité à l’Assemblée nationale, il faut réformer le Code électoral pour que désormais aucun président ne puisse exclure un candidat. Si ces articles n’existaient pas, le président de la République s’appellerait Ousmane Sonko », a-t-il déclaré.
Parallèlement à ce front législatif, une autre initiative viserait les ressources financières de la Présidence de la République. Certains parlementaires proches de Pastef envisagent d’encadrer davantage les fonds politiques gérés par l’exécutif. Dans cette perspective, le député Guy Marius Sagna a annoncé le dépôt prochain d’une proposition de loi destinée à réglementer l’utilisation de ces fonds.
Dans le même temps, son collègue El Hadji Ousmane Fall aurait adressé plusieurs questions écrites au gouvernement afin d’obtenir des clarifications sur les modalités de gestion de ces ressources. L’enjeu concerne notamment les fonds politiques inscrits dans la loi de finances 2024, dont le montant est estimé à près de huit milliards de francs CFA.
Selon les initiateurs de cette démarche, l’objectif serait d’introduire davantage de transparence dans la gestion de ces ressources publiques et d’éviter qu’elles ne soient utilisées dans des stratégies de ralliement politique. Dans les milieux politiques sénégalais, l’utilisation de ces fonds a régulièrement suscité des critiques, certains observateurs estimant qu’ils ont parfois servi d’outil d’influence sous les régimes précédents.
Le troisième volet de la stratégie évoquée par Wal Fadjri concerne le terrain politique. Ousmane Sonko chercherait à redynamiser la coalition APTE afin de consolider un bloc politique capable de contrebalancer la coalition « Diomaye-Président ». Cette démarche viserait notamment à maintenir la cohésion autour de ses soutiens et à structurer une plateforme politique susceptible de peser dans les futurs rapports de force.
Dans ce cadre, un événement baptisé « ndogou de clarification » serait prévu samedi prochain dans un grand hôtel de Dakar. Cette rencontre devrait réunir plusieurs responsables et alliés politiques afin de resserrer les rangs et de définir une nouvelle dynamique face au camp qui se structure autour du chef de l’État. Parmi les figures associées à ce camp figurent notamment Aminata Touré et Abdourahmane Diouf.
Toutefois, le quotidien souligne que les initiatives législatives envisagées pourraient se heurter à un obstacle institutionnel majeur. En effet, même si les réformes étaient adoptées par l’Assemblée nationale grâce à la majorité parlementaire dont disposent les députés de Pastef, leur entrée en vigueur dépendrait de la promulgation par le président de la République.
Or, selon plusieurs observateurs cités par le journal, il apparaît peu probable que Bassirou Diomaye Faye accepte de signer des lois susceptibles de réduire directement ses propres prérogatives ou de limiter la marge de manœuvre financière de la Présidence. Dans ce cas, un nouveau bras de fer institutionnel pourrait s’ouvrir entre les différentes composantes du pouvoir exécutif et la majorité parlementaire.


