Le bilan s’alourdit d’heure en heure dans la métropole pakistanaise, où les secouristes s’activent encore dans les décombres fumants d’un centre commercial dévasté. Alors que les familles attendent des nouvelles de leurs proches, l’incendie du Gul Plaza met en lumière une défaillance structurelle bien plus large qui menace désormais des millions d’habitants.
Samedi soir, un feu violent s’est déclaré au Gul Plaza, un bâtiment commercial de trois étages abritant plus de 1 200 boutiques sur l’artère principale de Karachi, la MA Jinnah Road. Selon les informations relayées par Al Jazeera, le sinistre a coûté la vie à au moins 23 personnes, dont un pompier, et a nécessité plus de 24 heures d’intervention pour être maîtrisé.
**Une course contre la montre et des disparus**
Si les flammes sont éteintes, l’inquiétude demeure vive. Le maire de la ville, Murtaza Wahab, a confirmé lundi soir que plus de 60 personnes étaient toujours portées disparues. Les opérations de recherche sont entravées par l’instabilité de la structure, dont certaines parties se sont effondrées, et par la reprise sporadique de foyers d’incendie durant le processus de refroidissement.
Le gouvernement de la province du Sind a annoncé une compensation de 10 millions de roupies (environ 35 000 dollars) pour chaque famille endeuillée. Cependant, au-delà de l’aide financière, c’est la question de la gestion des secours qui se pose avec acuité.
**Des moyens dérisoires pour une mégalopole**
L’ampleur du drame s’explique en partie par des difficultés logistiques majeures. Hassan ul-Haseeb, porte-parole du service de secours Rescue 1122, a souligné que l’accès au site avait été bloqué par une foule de curieux, empêchant les camions-citernes d’approcher rapidement. À l’intérieur, la présence massive de matières plastiques et inflammables a compliqué la tâche des soldats du feu.
Mais les chiffres révélés par les autorités peignent un tableau plus sombre de la préparation de la ville face aux catastrophes. Pour une population de près de 25 millions d’habitants, Karachi ne dispose que de 35 casernes de pompiers, 57 camions d’incendie et seulement six grandes échelles. Muhammad Toheed, urbaniste cité par nos confrères d’Al Jazeera, pointe une « faillite de la gouvernance » de longue date, soulignant l’absence quasi totale d’inspections de routine et de formation adéquate.
**Une « bombe à retardement »**
Ce drame réveille le souvenir douloureux de l’incendie de l’usine de Baldia en 2012, qui avait fait plus de 250 morts. Pourtant, le Gul Plaza était considéré comme mieux conçu que la moyenne, disposant de 13 points d’entrée et de sortie. C’est ce qui inquiète particulièrement les experts : si un bâtiment relativement accessible peut devenir un piège mortel, le risque pour le reste de la ville est immense.
Les ingénieurs et planificateurs urbains estiment qu’environ 70 % des bâtiments résidentiels et commerciaux de Karachi ne disposent pas de systèmes de sécurité incendie adéquats. « Si nous utilisons le Gul Plaza comme référence, alors le reste de Karachi est une bombe à retardement », a averti Muhammad Toheed. Une enquête formelle a été annoncée pour déterminer les causes exactes du sinistre, la piste d’un court-circuit étant pour l’heure privilégiée par la police.












