Le chef de la diplomatie turque, Hakan Fidan, a livré vendredi une analyse détaillée de la situation sécuritaire au Moyen-Orient lors d’un entretien accordé à la chaîne NTV. Si le dossier syrien et la gestion des groupes armés à la frontière occupent une place centrale dans la stratégie d’Ankara, le ministre a élargi son propos aux dynamiques régionales, évoquant les mouvements observés du côté de Tel-Aviv et les perspectives d’évolution du conflit à Gaza.
Au-delà de la frontière syrienne, c’est l’équilibre global de la région qui retient l’attention des autorités turques. Hakan Fidan a partagé ses observations sur les risques d’embrasement impliquant d’autres acteurs majeurs, tout en précisant la position de la Turquie sur l’avenir de la présence américaine et les conditions d’un règlement politique en Palestine.
La question syrienne et le transfert de prisonniers
Concernant la situation dans le nord de la Syrie, Hakan Fidan a réaffirmé la position d’Ankara vis-à-vis des YPG/FDS. Selon le ministre, ces entités ne constituent pas des acteurs indépendants représentant les Kurdes syriens, mais opèrent comme la « branche syrienne » du PKK, une structure jugée illégale par la Turquie. Il a souligné que tout processus de bonne volonté devrait débuter par le retrait des membres non syriens de cette organisation.
Sur le plan opérationnel, une extension du cessez-le-feu de quatre jours, entré en vigueur le 20 janvier, est envisagée. Cette pause dans les hostilités vise notamment à faciliter le transfert de prisonniers de Daech depuis la Syrie vers l’Irak. « Idéalement, le transfert des prisonniers de Daech depuis la Syrie devrait avoir lieu. Pendant ce processus, l’environnement actuel de non-conflit doit être maintenu », a précisé le ministre, notant que la présence des forces américaines complexifie la donne sur le terrain.
Une convergence de vues avec l’administration Trump
Abordant le rôle des États-Unis, le chef de la diplomatie turque a estimé que la vision du président américain Donald Trump rejoint celle d’Ankara. La politique visant à éviter une implication directe de Washington dans les crises régionales, au profit d’une prise en main par les pays locaux, est perçue positivement. Hakan Fidan a noté que les récentes avancées du gouvernement de Damas ne constituaient pas une surprise, expliquant que le retrait du soutien américain rendait difficile le maintien de certaines positions face à des populations locales hostiles à une « force occupante ».
Les craintes d’une extension du conflit vers l’Iran
L’analyse du ministre s’est portée sur les tensions persistantes au-delà du théâtre syrien. Évoquant la situation en Iran, secoué par des manifestations, Hakan Fidan a mis en garde contre une lecture simpliste qui réduirait ces mouvements à des revendications purement « anti-régime », rappelant l’existence de dynamiques complexes et de « zones grises ».
C’est dans ce contexte que le ministre a formulé une observation préoccupante concernant les intentions israéliennes. Il a déclaré qu’il pourrait exister « des signes qu’Israël cherche à attaquer l’Iran ». Une perspective qu’Ankara redoute, Hakan Fidan insistant sur le fait que la région, qui commence à peine à « guérir les blessures » des conflits en Syrie et en Irak, ne souhaite pas voir s’ouvrir une nouvelle confrontation majeure. Ces tensions font écho aux récents déploiements militaires dans le Golfe, qui avaient déjà impacté le trafic aérien international.
Gaza et la question du désarmement
Sur le dossier palestinien, le ministre a indiqué que la « lutte sur le terrain arrive à la table des négociations ». Le « Conseil de paix », structure récemment évoquée, traite Gaza comme un dossier prioritaire. Hakan Fidan a précisé que le désarmement du Hamas figure dans la feuille de route actuelle, mais sous conditions strictes. Ce processus ne pourra s’enclencher « naturellement » qu’une fois la sécurité assurée, l’aide humanitaire acheminée et les garanties internationales contre de nouvelles attaques obtenues.
Enfin, le ministre a brièvement commenté les ambitions stratégiques américaines concernant le Groenland, avertissant que cela pourrait créer des tensions au sein de l’OTAN, et a noté que le conflit russo-ukrainien restait dans une impasse tant que la question territoriale ne serait pas réglée.










