La transition politique en Somalie traverse une zone de turbulences majeures. Alors que le pays tente de consolider ses récentes réformes constitutionnelles pour sortir de plusieurs décennies de régime transitoire, une crise ouverte vient d’éclater entre le gouvernement fédéral et l’une de ses administrations régionales, paralysant une partie des liaisons intérieures.
L’État du Sud-Ouest de la Somalie a officiellement annoncé mardi la suspension de sa coopération et de ses relations avec le gouvernement central basé à Mogadiscio. Selon les informations rapportées par l’agence Anadolu, les autorités régionales accusent le pouvoir fédéral d’ingérence directe dans leurs affaires internes. Dans un communiqué, l’administration locale affirme que Mogadiscio tente de la déstabiliser en armant des milices dans le but de renverser le président de l’État, Abdiaziz Hassan Mohamed Laftagareen.
Le texte publié par les autorités du Sud-Ouest précise que la rupture sera maintenue tant qu’un gouvernement respectant le système fédéral et l’autonomie des États membres ne sera pas mis en place. Cette escalade politique a eu des répercussions immédiates sur le terrain : les vols intérieurs reliant la capitale Mogadiscio à Baidoa, la capitale administrative de l’État du Sud-Ouest, ont été suspendus en raison de ces tensions.
Cette décision s’inscrit dans un climat de blocage persistant autour de la révision de la Constitution nationale, approuvée au début du mois par les deux chambres du Parlement somalien. Ces amendements prévoient un changement de paradigme institutionnel : le passage d’un système parlementaire indirect fondé sur les clans à un système présidentiel permettant l’élection directe du président et des parlementaires par les citoyens, tout en allongeant la durée des mandats de quatre à cinq ans.
La nouvelle Constitution renforce également les prérogatives du pouvoir central, particulièrement en matière de politique étrangère, en interdisant désormais aux États membres de conclure des accords internationaux de manière indépendante. Ces réformes, jugées sans consensus par plusieurs responsables politiques, avaient déjà provoqué de vives critiques de la part de l’opposition ainsi que de deux autres administrations régionales, le Jubaland et le Puntland, en désaccord avec Mogadiscio depuis plusieurs années.

