Pourquoi des opposants du Mali, du Burkina Faso et du Niger ont-ils choisi Bruxelles pour lancer leur propre cadre commun, loin de leurs capitales ? Samedi, l’Alliance des démocrates du Sahel (ADS) a été officiellement créée dans la capitale belge, avec l’ambition affichée de porter une réponse politique aux régimes militaires installés dans les trois pays.
La coalition réunit des opposants maliens, nigériens et burkinabè, dont la plupart vivent en exil depuis les coups d’État successifs intervenus entre 2020 et 2023. Présentée comme la première formation politique conjointe des oppositions des trois pays aujourd’hui regroupés au sein de la Confédération des États du Sahel, elle dit vouloir défendre l’État de droit et obtenir un retour à l’ordre constitutionnel à Bamako, Ouagadougou et Niamey.
Ses initiateurs entendent aussi coordonner leurs prises de parole, mutualiser leurs réseaux diplomatiques en Europe et en Afrique de l’Ouest, et plaider pour des calendriers électoraux crédibles, un lancement que retrace Africtelegraph en rappelant que plusieurs figures associées à cette initiative vivent hors de leur pays après avoir été écartées de la scène publique, condamnées ou inquiétées par la justice.
Une alliance née sur fond de durcissement des transitions
Le lancement intervient après la création en 2023 de la Confédération des États du Sahel, ensuite transformée en confédération en 2024 par Bamako, Ouagadougou et Niamey. Cette évolution a entériné la rupture avec la Cedeao et, pour les promoteurs de l’ADS, un verrouillage du débat démocratique et des espaces civiques dans les trois pays.
Le choix de Bruxelles s’inscrit dans cette stratégie. La capitale belge accueille déjà plusieurs réseaux d’opposants africains et dispose de relais auprès du Parlement européen, du Service européen pour l’action extérieure et de grandes ONG de défense des droits humains. En s’y installant symboliquement, l’ADS cherche un appui auprès des partenaires occidentaux du Sahel, alors que leurs relations avec les juntes se sont fortement dégradées après le retrait des forces françaises du Mali, du Burkina Faso et du Niger, puis la montée de la coopération militaire avec la Russie.
Dans le même temps, la marge de manœuvre des autorités sahéliennes s’est élargie à l’intérieur. Bamako et Ouagadougou ont adopté des chartes de transition prolongées, tandis qu’à Niamey, après le coup d’État de juillet 2023 contre le président Mohamed Bazoum, aucun horizon ferme n’a été fixé pour un retour aux urnes. Les partis politiques y sont suspendus ou strictement encadrés, la presse reste sous pression et plusieurs voix critiques ont été poursuivies pour atteinte à la sûreté de l’État.
L’ADS devra enfin composer avec une opinion sahélienne où une part significative continue de soutenir les dirigeants militaires, perçus comme les artisans d’une rupture souverainiste avec l’ancienne puissance coloniale. La nouvelle plateforme veut défendre l’idée qu’un retour à l’ordre constitutionnel peut aller de pair avec ces revendications de souveraineté, tout en réunissant en son sein des profils hétérogènes, allant de figures des partis traditionnels à des acteurs de la société civile et d’anciens responsables gouvernementaux des trois pays.


