Aux États-Unis, des procureurs fédéraux ont inculpé le gouverneur de l’État mexicain de Sinaloa, Ruben Rocha Moya, ainsi que neuf responsables actuels ou anciens, pour des liens présumés avec le cartel de Sinaloa. L’acte d’accusation, rendu public mercredi à New York, intervient dans un contexte sensible entre Washington et Mexico.
D’après Al Jazeera, le document judiciaire accuse Ruben Rocha Moya, âgé de 76 ans, et les autres mis en cause d’avoir collaboré avec des dirigeants du cartel afin de faire entrer d’importantes quantités de stupéfiants sur le territoire américain, en échange de soutien politique et de pots-de-vin. Les procureurs affirment que cette aide aurait aussi concerné la campagne électorale de Rocha Moya en 2021.
Selon l’acte d’accusation, des membres de la faction des “Chapitos”, liée aux fils de Joaquin “El Chapo” Guzman, auraient contribué à assurer la victoire électorale du gouverneur. Les autorités américaines soutiennent que des opérateurs du cartel ont enlevé et menacé des candidats de l’opposition et volé des bulletins de vote en faveur de ses rivaux. Un autre accusé, Enrique Diaz Vega, devenu par la suite secrétaire à l’administration et aux finances de Rocha Moya, est soupçonné d’avoir transmis au cartel une liste de noms et d’adresses d’adversaires politiques pour faire pression sur eux afin qu’ils abandonnent la course.
Le département de la Justice des États-Unis a indiqué que la majorité des suspects poursuivis seraient alignés sur les fils du cofondateur du cartel de Sinaloa, Joaquin Guzman, actuellement condamné à la prison à vie aux États-Unis. Le chef de la DEA, Terrance Cole, a déclaré que le cartel de Sinaloa « ne se contente pas de faire le trafic de drogues mortelles » et s’appuie, selon lui, sur « la corruption et les pots-de-vin » pour poursuivre ses activités. Il a ajouté que les accusés auraient utilisé des fonctions de confiance pour protéger les opérations du cartel.
Ruben Rocha Moya a rejeté les accusations, les qualifiant d’infondées et dépourvues de preuves. Dans une déclaration, il a affirmé qu’il s’agissait d’une attaque politique plus large visant non seulement sa personne, mais aussi le mouvement au pouvoir Morena et sa direction. Le gouvernement mexicain a, pour sa part, indiqué que les documents transmis par les autorités américaines en vue d’arrestations provisoires et d’éventuelles extraditions ne comportaient pas de preuves suffisantes.
Comme l’indique Al Jazeera, cette affaire est rare car elle vise un haut responsable mexicain en exercice. Elle accroît aussi la pression sur la présidente Claudia Sheinbaum, en raison des liens de Rocha Moya avec Morena et de sa proximité politique avec l’ancien président Andres Manuel Lopez Obrador. L’experte Vanda Felbab-Brown, citée par le média, estime que ce dossier pourrait marquer un changement dans la stratégie américaine face aux cartels, avec une attention accrue portée aux liens présumés entre crime organisé et responsables politiques.


