La crise qui secoue le Moyen-Orient s’étend jusqu’en Asie du Sud, frappant de plein fouet l’industrie de la céramique à Morbi, dans l’ouest de l’Inde. La pénurie de gaz naturel et de propane, consécutive aux blocages dans le détroit d’Ormuz, paralyse un secteur pesant plusieurs milliards de dollars et plonge des dizaines de milliers de travailleurs migrants dans la précarité.
Selon les informations rapportées par Al Jazeera, la récente escalade militaire impliquant l’Iran, les États-Unis et Israël a provoqué une crise de l’approvisionnement en carburant. À Morbi, centre névralgique de la production de céramique situé dans l’État du Gujarat, cette situation a entraîné la mise à l’arrêt d’au moins 450 des 600 entreprises de la région. Ces usines dépendent du propane et du gaz naturel pour alimenter leurs fours à haute température.
La fermeture prolongée de ces unités de production génère des répercussions économiques immédiates. Le secteur, évalué à six milliards de dollars, assure environ 80 % de la production indienne de carrelages, toilettes et lavabos. Les exportations, qui représentent 1,5 milliard de dollars de chiffre d’affaires à destination de l’Europe, de l’Afrique et du Moyen-Orient, sont aujourd’hui retardées ou totalement interrompues.
Cette paralysie industrielle affecte directement 200 000 travailleurs sur les 400 000 que compte le pôle de Morbi. Al Jazeera rapporte que plus d’un quart de ces ouvriers, originaires pour la plupart d’États indiens moins industrialisés comme l’Uttar Pradesh ou le Bihar, ont été contraints de regagner leurs régions d’origine, par crainte de revivre la détresse de l’exode lié à la pandémie de COVID-19.
L’arrêt de l’activité met également en lumière une crise sanitaire sous-jacente au sein de la main-d’œuvre. De nombreux travailleurs licenciés découvrent, à l’occasion de consultations médicales lors de leur retour, qu’ils souffrent de silicose. Cette maladie pulmonaire incurable est causée par l’inhalation prolongée de la poussière de silice. Le manque d’équipements de protection individuelle, tels que des masques ou des gants, et la mauvaise ventilation dans les espaces de production sont en cause.
La situation des ouvriers est d’autant plus fragile que de nombreuses entreprises de céramique ne fournissent aucune preuve écrite d’emploi. L’absence de contrats de travail ou de fiches de paie prive ces travailleurs migrants de tout accès à la sécurité sociale et aux recours légaux, rendant difficile toute réclamation face aux maladies professionnelles contractées sur leurs lieux de travail.


