Invité de l’émission « Point de vue », le directeur exécutif de l’ONG ONG 3D, Moundiaye Cissé, s’est largement exprimé sur la réforme en cours des articles L28, L29 et L30 du Code électoral, au cœur des tensions politiques actuelles.
Ces dispositions, qui encadrent notamment les conditions d’éligibilité et le droit de vote en lien avec les condamnations judiciaires, constituent selon lui un point névralgique du système électoral sénégalais. Leur interprétation a, par le passé, alimenté plusieurs controverses majeures impliquant des figures politiques telles que Khalifa Sall, Karim Wade ou encore Ousmane Sonko.
Des zones d’ombre juridiques à lever
Pour Moundiaye Cissé, une réforme de ces articles est nécessaire afin de lever les ambiguïtés juridiques qui entourent les critères d’éligibilité. « Il existe des zones d’ombre qu’il faut clarifier pour éviter des contentieux récurrents », souligne-t-il.
Il insiste notamment sur le fait que ces dispositions déterminent non seulement la capacité à se porter candidat, mais aussi l’exercice du droit de vote, ce qui en fait un enjeu démocratique majeur.
Une réforme nécessaire, mais sous conditions
Si le principe d’une révision des articles L28, L29 et L30 ne fait pas débat pour l’acteur de la société civile, la méthode suscite en revanche de fortes réserves. Moundiaye Cissé met en garde contre toute tentative de modification unilatérale par la majorité parlementaire.
« Le problème n’est pas la réforme en elle-même, mais la manière dont elle est conduite », avertit-il, plaidant pour des concertations inclusives impliquant l’ensemble des acteurs politiques et sociaux.
Selon lui, une réforme menée sans consensus risquerait d’être perçue comme une manœuvre politique et de raviver les tensions.
Plaidoyer pour une approche globale
Au-delà des seuls articles L28, L29 et L30, Moundiaye Cissé s’interroge sur la pertinence d’une réforme ciblée. Il estime qu’une révision plus large du Code électoral permettrait d’éviter toute suspicion de textes « taillés sur mesure ».
Il appelle ainsi à un portage institutionnel fort, sous l’égide du Président de la République Bassirou Diomaye Faye, en s’appuyant sur les conclusions du dialogue politique et des assises de la justice.
Un contexte politique sous tension
Cette réflexion intervient dans un climat marqué par des préoccupations de l’opposition, notamment sur la transparence du processus électoral, le fichier électoral et le calendrier des prochaines échéances locales.
Dans ce cadre, l’ONG 3D dit privilégier une démarche de facilitation du dialogue. Une rencontre avec le ministère de l’Intérieur est annoncée pour le 30 avril afin d’examiner ces questions.
Un enjeu démocratique majeur
Pour Moundiaye Cissé, la réforme du Code électoral, et en particulier celle des articles L28, L29 et L30, constitue un tournant décisif pour la crédibilité du système électoral sénégalais.
« Oui à la réforme, mais non au passage en force », résume-t-il, en appelant à un processus transparent, inclusif et consensuel, seul gage de stabilité politique.


