À l’approche des élections locales prévues les 23 et 29 avril au Bengale-Occidental, une révision des listes électorales bouleverse le paysage politique indien. Des millions de résidents, dont une forte proportion de musulmans, se retrouvent soudainement déchus de leur droit de vote à quelques jours du scrutin.
Selon les informations rapportées par Al Jazeera, plus de neuf millions de personnes ont été rayées des registres au Bengale-Occidental, ce qui représente près de 12 % des 76 millions d’électeurs de l’État. Cette radiation massive fait suite à un processus de révision intensive spéciale (SIR) mené récemment par la Commission électorale indienne (ECI). Sur ce total de personnes écartées, près de six millions ont été déclarées absentes ou décédées. Les trois millions restants sont en attente d’une audience devant des tribunaux spéciaux, une procédure qui n’aboutira pas avant l’ouverture des bureaux de vote.
L’exclusion repose en grande partie sur de simples divergences administratives. De nombreuses électrices et des citoyens issus de milieux défavorisés perdent leur éligibilité à cause de l’utilisation de surnoms ou de variations orthographiques entre leur carte d’électeur et leurs autres pièces d’identité biométriques. Swati Narayan, enseignante à la National Law School of India University, souligne que les changements de patronyme après le mariage et les erreurs de traduction de noms pénalisent de manière disproportionnée les femmes, en particulier celles de confession musulmane.
Le Bengale-Occidental compte environ 25 millions de musulmans, soit 27 % de sa population. Les suppressions ont particulièrement ciblé les districts où cette communauté est fortement représentée, avec 460 000 radiations enregistrées à Murshidabad, 330 000 dans le district de North 24 Parganas et 240 000 à Malda. Les partis d’opposition, dirigés localement par le Trinamool Congress (TMC) de Mamata Banerjee, accusent le Bharatiya Janata Party (BJP) du Premier ministre Narendra Modi de manœuvrer pour écarter systématiquement une frange de l’électorat qui lui est défavorable.
De son côté, le BJP défend cette révision en affirmant qu’elle permet d’expurger les registres des électeurs inéligibles et de cibler les migrants clandestins franchissant la frontière poreuse avec le Bangladesh. L’institut de recherche indépendant SABAR indique cependant que le processus, qualifié de hâtif, s’est appuyé sur des outils d’intelligence artificielle. Ces derniers auraient identifié des « divergences logiques » massives lors de la traduction en bengali ou en anglais de noms aux consonances arabes ou ourdoues.


