Les électeurs béninois sont appelés aux urnes ce dimanche pour élire leur nouveau président, lors d’un scrutin marqué par le départ de Patrice Talon, 67 ans, qui se retire après deux mandats consécutifs. Pour cette élection qui déterminera la direction du pays pour les sept prochaines années, environ huit millions d’inscrits doivent départager deux uniques prétendants, la principale force d’opposition ayant été écartée de la course.
Le parti d’opposition majeur, Les Démocrates, n’a pas réussi à réunir le nombre suffisant de parrainages parlementaires pour valider une candidature, après avoir échoué à remporter des sièges lors des élections législatives de janvier. De fait, les deux partis alliés au président sortant contrôlent actuellement les 109 sièges de l’Assemblée nationale. Cette configuration limite le choix à un duel entre le candidat du pouvoir et une figure modérée de l’opposition.
Le favori de ce scrutin est Romuald Wadagni, 49 ans, actuel ministre des Finances et candidat de l’alliance gouvernementale entre l’Union Progressiste le Renouveau (UPR) et le Bloc Républicain (BR). Cet ancien cadre de Deloitte, adoubé par Patrice Talon, axe sa campagne sur la continuité économique. Il met en avant le triplement du budget national et une croissance économique estimée à 7 % pour 2025 par le Fonds monétaire international (FMI). Pour contrer les menaces sécuritaires, il propose notamment la création de polices municipales dans les villes frontalières.
Face à lui se présente Paul Hounkpe, 56 ans, sous la bannière des Forces Cauris pour un Bénin Émergent (FCBE). Ancien enseignant et ex-ministre de la Culture sous la présidence de Thomas Boni Yayi, il est le seul candidat d’opposition autorisé à concourir. Son programme électoral s’articule autour de la réduction des prix des produits de première nécessité et la libération des opposants emprisonnés sous l’administration Talon.
Un reportage de la chaîne Al Jazeera, réalisé lors d’un rassemblement du parti au pouvoir à Cotonou, décrit une atmosphère animée, tout en précisant que cet engouement ne reflète pas le climat général du pays en raison de la mise à l’écart de l’opposition principale. Si un candidat n’obtient pas la majorité absolue de 50 % dès le premier tour, un second tour sera organisé le 10 mai.
Notre rédaction note que le futur chef de l’État héritera d’un pays de 14 millions d’habitants au bilan contrasté. Si le développement des infrastructures portuaires et du tourisme côtier a dynamisé l’économie, la pauvreté reste prégnante dans les zones rurales, particulièrement dans le nord du pays. Cette région frontalière du Niger et du Burkina Faso subit les assauts continus de groupes armés liés à Al-Qaïda et à l’État islamique. L’année dernière, 54 soldats béninois y ont perdu la vie lors d’une attaque du Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (JNIM), et 15 autres ont été tués le mois dernier.
Cette détérioration sécuritaire a eu des répercussions directes sur la stabilité des institutions. En décembre dernier, une tentative de prise de pouvoir par des officiers militaires a été déjouée, conduisant à l’incarcération d’une centaine de personnes dans l’attente de leur procès. Les instigateurs dénonçaient alors des troupes « négligées » sur les lignes de front.
Parallèlement, des organisations de défense des droits humains, telles que Human Rights Watch et Amnesty International, documentent des restrictions croissantes sur les manifestations, des détentions arbitraires et des pressions sur les médias indépendants. Une réforme constitutionnelle adoptée en novembre a par ailleurs allongé le mandat présidentiel de cinq à sept ans et modifié les règles de nomination au Sénat, complexifiant davantage l’accès de l’opposition aux sphères décisionnelles.


