L’Afrique poursuit le développement de ses infrastructures énergétiques, mais se heurte à un obstacle structurel majeur pour garantir sa souveraineté industrielle. Selon un document relayé par IGFM, le Secrétaire exécutif de l’Association africaine des raffineurs et distributeurs (ARDA), Anibor Kragha, alerte sur une vulnérabilité qui menace la pérennité des installations sur le continent.
Le plus grand risque pour la quête de sécurité énergétique de l’Afrique ne réside ni dans le financement, ni dans la technologie, ni dans l’accès aux ressources naturelles. Il s’agit de l’absence d’un vivier structuré de talents capables de gérer efficacement les actifs industriels. Les projets en aval, conçus pour des durées de 10 à 20 ans, nécessitent des compétences hautement spécialisées en ingénierie, en exploitation, en gestion de la sécurité et en systèmes numériques.
Ce déficit est particulièrement visible dans le secteur du raffinage. Bien que le continent détienne environ 8 % des réserves mondiales de pétrole, ses raffineries fonctionnent avec des taux d’utilisation d’environ 40 %, contre plus de 70 % à l’échelle mondiale. Cette sous-performance s’explique en grande partie par une pénurie de compétences dans l’optimisation des procédés et la fiabilité des équipements. Pour les investisseurs, cette situation transforme le capital humain en un véritable facteur de risque financier.
La pandémie de COVID-19 a d’ailleurs mis en évidence les limites de la dépendance aux ingénieurs expatriés. Les restrictions de déplacement ont paralysé de nombreuses installations énergétiques en Afrique, tandis que les opérations s’appuyant sur une expertise locale intégrée ont fait preuve d’une plus grande résilience.
Le continent dispose pourtant d’un atout démographique de taille, avec près de 60 % de sa population âgée de moins de 25 ans. Toutefois, un paradoxe persiste sur le marché de l’emploi. Les entreprises peinent à recruter des profils techniques spécialisés, tandis que les jeunes diplômés ne trouvent pas de débouchés, souvent en raison d’une inadéquation entre les formations académiques et les besoins réels de l’industrie. L’essor de l’intelligence artificielle et des systèmes numériques exige désormais des professionnels maîtrisant à la fois l’ingénierie et l’analyse de données.
Face à ce constat, l’ARDA plaide pour une collaboration systémique entre les gouvernements, l’industrie et les universités. L’organisation déploie des initiatives telles que l’École de formation ARDA à Abidjan et sa conférence annuelle pour aligner les programmes sur les réalités opérationnelles. La mise en place d’écosystèmes de formation solides est présentée comme la condition indispensable pour transformer l’avantage démographique africain en un atout stratégique industriel.


