Dans la ville d’Hébron, située en Cisjordanie occupée, la mosquée d’Ibrahimi est le théâtre d’un resserrement progressif des mesures sécuritaires israéliennes. Depuis octobre 2023, les restrictions de mouvement imposées aux résidents palestiniens se sont intensifiées, modifiant en profondeur l’accès à ce lieu de culte historique et l’administration même de la cité.
La division d’Hébron remonte à l’accord de 1997, scindant la ville entre une zone sous contrôle palestinien (H1) et une zone sous contrôle israélien (H2), englobant la vieille ville et la mosquée. Selon Al Jazeera, le trajet quotidien des fidèles palestiniens, autrefois de quelques dizaines de mètres, s’étend désormais sur près de trois kilomètres en raison de la fermeture de l’accès sud depuis 1994. Les points de contrôle et les portiques électroniques rythment aujourd’hui le quotidien des habitants, empêchant parfois toute sortie du domicile.
Ce maillage sécuritaire s’accompagne de décisions administratives. En janvier, l’armée israélienne a ordonné l’éloignement de Moataz Abu Sneineh, directeur de la mosquée, et de plusieurs employés pour une durée de 15 jours. Cette mesure a été suivie, le 9 février, par l’approbation en conseil des ministres israélien d’un transfert de compétences. Les prérogatives en matière d’octroi de licences de construction et d’administration municipale, historiquement détenues par la municipalité palestinienne d’Hébron, ont été réattribuées à l’Administration civile israélienne, avec la création d’une municipalité séparée pour les colons au sein de la ville.
Parallèlement, l’accès au site religieux subit des fermetures inopinées. Le 28 février, les autorités israéliennes ont évacué le personnel et les fidèles, invoquant le contexte sécuritaire lié aux tensions régionales avec l’Iran. La mosquée est restée inaccessible aux Palestiniens pendant six jours, une procédure que les responsables locaux comparent aux mesures d’urgence appliquées à la mosquée Al-Aqsa de Jérusalem.
Ces restrictions continues ont un impact direct sur la démographie locale. Un rapport de l’organisation israélienne de défense des droits humains B’Tselem indique que la population palestinienne de la zone H2 est passée d’environ 35 000 habitants en 1997 à seulement 7 000 aujourd’hui. L’Institut de recherche appliquée de Jérusalem (ARIJ) confirme cette tendance, soulignant une hausse des déplacements forcés au cours des deux dernières décennies, dans un secteur où résident par ailleurs quelque 800 colons israéliens répartis dans 14 avant-postes.
Notre rédaction note que cette dynamique s’inscrit dans une politique plus large en Cisjordanie. Mahmoud al-Saifi, chercheur spécialisé dans les questions de colonisation cité par Al Jazeera, précise que les autorités israéliennes ont approuvé 54 nouvelles colonies officielles et 86 avant-postes en 2025. Dans la zone C, qui représente plus de 61 % du territoire de la Cisjordanie, 47 communautés bédouines ont été déplacées depuis octobre 2023.


