Un match amical entre l’Espagne et l’Égypte, disputé mardi à Barcelone et soldé par un score nul (0-0), a vu son enjeu sportif totalement éclipsé par des événements survenus dans les tribunes. La nature des incidents a rapidement mobilisé les autorités locales et attiré l’attention de la presse internationale.
Selon Al Jazeera, la police catalane, les Mossos d’Esquadra, a officiellement ouvert une enquête concernant des chants qualifiés d’« islamophobes et xénophobes ». À deux reprises durant la rencontre, une partie du public a entonné le slogan : « Celui qui ne saute pas est musulman ». Le média précise également que l’hymne national égyptien a été copieusement sifflé avant le coup d’envoi.
Ces événements interviennent à un moment critique pour la diplomatie sportive du pays. L’Espagne doit co-organiser la Coupe du monde 2030 avec le Maroc et le Portugal. Si l’attribution globale est actée, la FIFA n’a pas encore désigné le stade qui accueillera la finale de la compétition. Les incidents de Barcelone fragilisent directement la candidature espagnole pour l’obtention de cet ultime match du tournoi.
La situation a fait réagir Lamine Yamal. L’ailier international espagnol, dont le père est d’origine marocaine, a publié un message sur le réseau social Instagram. Rappelant sa confession musulmane, le joueur a souligné que l’utilisation d’une religion comme moquerie sur un terrain relevait de l’ignorance et du racisme. Il a ajouté que, bien qu’il comprenne faire face à des supporters adverses, ces actes demeurent « irrespectueux et intolérables ».
Au sommet de l’État, le Premier ministre espagnol Pedro Sanchez a condamné ces agissements, déclarant qu’une « minorité incivile » ne pouvait représenter la réalité d’un pays diversifié. La presse sportive a également marqué le coup : le quotidien Marca a publié une édition avec une une entièrement noire, un format traditionnellement réservé au décès de personnalités majeures. À l’inverse, Santiago Abascal, président du parti d’extrême droite Vox, a pris la défense des supporters sur le réseau social X, qualifiant le chant de simple « démonstration d’identité » et non d’insulte.
Ces faits s’inscrivent dans une série d’incidents similaires recensés dans le football espagnol, à l’image des insultes racistes régulièrement subies par l’attaquant du Real Madrid, Vinicius Junior, depuis 2018. Interrogé par Al Jazeera, Moha Gerehou, journaliste et ancien directeur de SOS Racismo, indique que ces événements illustrent un racisme structurel présent dans la société espagnole, affectant également l’accès au logement ou à l’emploi. Un rapport gouvernemental de l’Observatoire espagnol du racisme et de la xénophobie, publié en 2024, révélait par ailleurs que 40 % des enfants interrogés à Madrid estimaient que leurs camarades noirs étaient traités différemment à l’école et dans le sport.


