Le gouvernement français accentue la pression pour accélérer le soutien financier et militaire à Kiev. Face aux lenteurs constatées au sein de l’Union européenne, Paris réclame la libération immédiate de fonds massifs, actuellement freinés par l’opposition interne d’un État membre.
Invité sur la chaîne Franceinfo avant de se rendre en Ukraine pour une réunion des ministres européens des Affaires étrangères, le ministre délégué français chargé de l’Europe, Benjamin Haddad, a demandé le déblocage urgent d’un prêt de 90 milliards d’euros. Selon l’agence Anadolu, cette enveloppe est prévue pour assurer l’aide militaire et économique à l’Ukraine sur les deux prochaines années. Bien qu’un accord ait été acté par les 27 États membres lors du Conseil européen de décembre, la mise à disposition de ces fonds se heurte aujourd’hui au blocage de la Hongrie.
Benjamin Haddad a insisté sur la nécessité de maintenir le dialogue tout en accentuant la pression sur Budapest, précisant que l’Ukraine risque de faire face à des difficultés budgétaires dès la fin du mois d’avril.
Parallèlement à ce dossier financier, la France milite pour un durcissement des sanctions contre la Russie. Des discussions sont en cours au niveau européen concernant un 20e paquet de sanctions, ciblant particulièrement le secteur énergétique russe. Le ministre français a fermement rejeté l’idée d’un allègement de ces mesures, critiquant au passage la décision des États-Unis de lever certaines restrictions sur la vente de pétrole russe à l’Inde. Cette initiative américaine, selon les autorités françaises, renforce la position de Moscou et de son allié iranien.
Pour illustrer l’intensité de l’offensive en cours, le représentant du gouvernement a rappelé que sur la seule semaine écoulée, l’armée russe a déployé 3 000 drones, 1 500 bombes et plus de 40 missiles contre le territoire ukrainien.
Malgré les tensions au Moyen-Orient et les craintes d’une hausse des prix des hydrocarbures, Paris exclut toute levée des sanctions européennes sur le gaz et le pétrole russes. Pour atténuer l’impact sur le marché de l’énergie, des mesures d’urgence sont prévues en France, incluant un soutien aux secteurs exposés comme le transport routier et la pêche, ainsi que la libération de 250 000 barils issus des stocks stratégiques. Une coalition internationale est également à l’étude pour sécuriser la navigation dans le détroit d’Ormuz, point de passage d’un cinquième des hydrocarbures mondiaux.
Sur le plan stratégique, la France maintient sa position de premier partenaire de l’Ukraine en matière de renseignement militaire. La coopération s’étend au secteur industriel, notamment dans les domaines des drones et de l’intelligence artificielle, avec des rencontres prévues entre des start-up françaises et des acteurs ukrainiens. Le prêt européen de 90 milliards d’euros, une fois débloqué, s’appuiera d’ailleurs sur un principe de « préférence européenne » visant à stimuler simultanément l’industrie de défense du continent.

