Au Sénégal, l’autonomisation économique des femmes se heurte régulièrement à la question de l’accès aux liquidités. Face aux exigences des institutions financières classiques, de nombreuses entrepreneures peinent à développer leurs activités. Dans une interview accordée à Sud Quotidien, Khadidiatou Diouf, Directrice Générale Adjointe en charge des fonctions support chez Cofina Sénégal, expose les raisons de ce blocage et détaille le modèle alternatif déployé par son institution pour y remédier.
Le constat dressé par la dirigeante repose sur un décalage entre le dynamisme des entrepreneures et les grilles d’analyse bancaires. Selon ses explications, les femmes sénégalaises génèrent des revenus réguliers et s’insèrent activement dans les circuits économiques. L’obstacle principal réside dans le caractère souvent informel de leur organisation. Les modèles de financement traditionnels exigent des garanties et des cadres formels que ces actrices économiques ne possèdent pas toujours, ce qui paralyse leur capacité d’investissement, le renouvellement de leurs stocks ou la saisie de nouvelles opportunités commerciales.
Pour répondre à cette inadéquation, l’institution financière s’appuie sur la mésofinance, un échelon situé entre la banque classique et la microfinance. Notre rédaction relève que cette approche a abouti, en 2023, à la création de « Linguère’La », une agence exclusivement dédiée aux femmes. Les données communiquées par Khadidiatou Diouf indiquent que cette structure spécifique a déjà accompagné plus de 1 000 clientes. Ce dispositif a permis le financement de plus de 400 projets, représentant un encours de crédit supérieur à 480 millions de FCFA. À l’échelle globale de ses activités, Cofina Sénégal a injecté plus de 285 milliards de FCFA dans l’économie nationale depuis le début de ses opérations.
Interrogée par Sud Quotidien sur le niveau jugé élevé des taux d’intérêt dans ce secteur, la Directrice Générale Adjointe relie cette tarification au niveau d’accompagnement requis. Le coût du financement intègre un suivi de proximité, une gestion du risque adaptée et une structuration des activités soutenues. Pour les bénéficiaires, l’accès rapide à la liquidité fonctionne comme un outil d’arbitrage immédiat, leur permettant d’agir à un moment précis sans subir les délais d’attente habituels. L’institution a également engagé une digitalisation de ses offres de crédit pour simplifier les parcours de demande.
L’analyse des profils financés montre que les entrepreneures sénégalaises supportent financièrement des écosystèmes élargis, incluant des foyers entiers et des réseaux de dépendance. Cette charge les pousse à adopter une gestion prudente de leurs investissements, axée sur la stabilité plutôt que sur la prise de risque. L’objectif des mécanismes de financement flexibles, tels que décrits par la responsable, vise à fournir des marges de manœuvre suffisantes pour transformer cette gestion de l’incertitude en une véritable dynamique d’expansion économique.


