Les eaux de la Corne de l’Afrique ont été le théâtre d’une nouvelle tragédie migratoire. Un navire traditionnel surchargé, transportant plus de 300 personnes, a sombré au large des côtes djiboutiennes, déclenchant une vaste opération de sauvetage nocturne.
L’incident s’est produit tard dans la nuit de mardi, près de la localité de Guehere, dans le nord de Djibouti. L’embarcation de type « galba », qui comptait 320 passagers à son bord, a chaviré dans des conditions maritimes difficiles. Les garde-côtes djiboutiens ont immédiatement déployé des équipes de recherche, renforcées par des unités de plongeurs de leur département de sauvetage, permettant de repêcher 266 survivants.
Selon les informations relayées par Al Jazeera, qui cite l’Organisation internationale pour les migrations (OIM), le bilan provisoire fait état d’au moins neuf morts, tandis que 45 personnes sont toujours portées disparues. L’ensemble des rescapés, identifiés comme des ressortissants éthiopiens, a été pris en charge au centre d’intervention pour migrants de l’OIM situé dans la ville voisine d’Obock.
Une enquête judiciaire a été ouverte par la brigade de recherche et d’investigation des garde-côtes djiboutiens pour déterminer les circonstances exactes de ce naufrage. Tanja Pacifico, chef de mission de l’OIM à Djibouti, a précisé que ce drame survient au début de la saison chaude, une période caractérisée par des vents violents et une mer agitée qui accroissent considérablement les risques pour les navigateurs.
Ce secteur du détroit de Bab el-Mandeb, où seulement 20 kilomètres séparent Djibouti du Yémen à l’endroit le plus étroit, constitue l’un des points de passage les plus dangereux au monde. Des dizaines de milliers de migrants tentent chaque année cette traversée dans l’espoir de rejoindre les pays du Golfe, notamment l’Arabie saoudite, au prix d’un périple terrestre périlleux à travers un Yémen ravagé par la guerre.
Les statistiques de l’OIM mettent en lumière l’intensification de ce phénomène sur la « route de l’Est ». En 2025, plus de 506 000 personnes ont emprunté cet axe, marquant une hausse de 18 % par rapport à l’année précédente. Cette augmentation s’accompagne d’une mortalité record : 922 personnes y ont perdu la vie ou disparu l’an dernier, soit presque le double des 558 victimes recensées un an plus tôt, ce qui en fait l’année la plus meurtrière depuis le début des relevés en 2014.
Environ 95 % de ces migrants justifient leur départ par des motifs économiques, poussant les passeurs à utiliser des itinéraires côtiers de plus en plus isolés à travers Djibouti pour tenter d’échapper aux contrôles de sécurité.


