L’image d’une suprématie académique sénégalaise incontestée dans la sous-région est aujourd’hui confrontée à la réalité des bases de données internationales. Une analyse détaillée des publications récentes montre que les indicateurs de performance scientifique du pays connaissent une stagnation, permettant à d’autres nations de combler leur retard sur plusieurs critères déterminants.
Ces éléments ont fait l’objet d’une lettre ouverte adressée au Premier ministre. Dans ce document relayé par nos confrères d’IGFM, l’auteur, identifié sous les initiales M.C., alerte les autorités de l’enseignement supérieur sur le décalage entre le récit officiel et les données bibliométriques actuelles. L’analyse s’appuie principalement sur le corpus Scopus, filtré sur la période exploitable de 2021 à 2025.
Les chiffres mettent en évidence une concurrence régionale resserrée, particulièrement avec le Burkina Faso. Sur la fenêtre temporelle étudiée, le Sénégal et le Burkina Faso affichent un volume de publications identique, avec 26 documents chacun. Si le Sénégal conserve une avance sur le nombre total de citations, le Burkina Faso le dépasse désormais sur des indicateurs structurants tels que le h-index récent, le taux de publications en accès ouvert et l’intensité de la collaboration internationale.
Le document transmis à la primature nuance également l’avantage sénégalais en matière de citations. Selon les données extraites, cette performance repose sur une forte concentration : un seul article de revue publié en 2022 génère à lui seul 61,6 % de l’ensemble des citations sénégalaises du sous-corpus. En comparaison, l’impact des publications burkinabè apparaît plus distribué, le document le plus cité ne représentant que 28,3 % du total de leurs citations.
L’étude croisée élargie aux bases Web of Science (WoS) et OpenAlex sur la décennie 2016-2026 confirme cette dynamique. Bien que le Sénégal maintienne une avance globale en volume grâce à son capital historique, le Burkina Faso se positionne mieux sur les intersections de ces bases de données internationales. La structure documentaire diffère également : la recherche burkinabè produit une part plus élevée d’articles scientifiques, tandis que le Sénégal enregistre une proportion plus importante de communications de conférence.
Face à ces résultats, l’auteur de la lettre recommande aux autorités d’ajuster les méthodes d’évaluation de la recherche nationale. Il suggère d’abandonner les discours fondés uniquement sur l’ancienneté des institutions ou les volumes globaux historiques, au profit d’indicateurs récents, transparents et multidimensionnels, afin de corriger les faiblesses actuelles du système scientifique sénégalais.


