Les relations transatlantiques traversent une zone de turbulences. Alors que les divergences politiques s’accentuent entre le Vieux Continent et Washington, la plus haute autorité de l’État allemand vient de formuler une mise en garde explicite sur l’avenir de l’autonomie stratégique européenne.
Selon les informations rapportées par l’agence Anadolu, le président allemand Frank-Walter Steinmeier a prononcé mardi un discours remarqué au ministère des Affaires étrangères à Berlin. Il a fermement appelé l’Europe à réduire de manière significative sa dépendance à l’égard des États-Unis, ciblant particulièrement les secteurs de la défense et de la technologie.
« Dans la relation transatlantique, nous devons nous libérer des dépendances qui nous rendent vulnérables », a déclaré le chef de l’État, qualifiant la quête de cette souveraineté européenne de « projet générationnel » qui s’inscrit sur le long terme.
Cette déclaration intervient dans un contexte de frictions croissantes avec l’administration de Donald Trump. Frank-Walter Steinmeier a rappelé les critiques ouvertes formulées par de hauts responsables américains à l’encontre des gouvernements européens. Il a notamment fait référence à l’intervention du vice-président JD Vance lors d’une précédente Conférence de Munich sur la sécurité, soulignant que l’administration américaine avait alors affiché, face aux Européens, sa détermination à affaiblir une Europe libérale et unie.
Au-delà du bouclier militaire, le président allemand a insisté sur l’hégémonie des géants technologiques américains et de leurs plateformes sociales. D’après lui, cette avance technologique confère à ces acteurs un pouvoir d’influence direct sur la politique intérieure des États européens. Une observation qui fait écho aux récentes dynamiques numériques, incluant le soutien affiché par le milliardaire Elon Musk au parti d’extrême droite allemand AfD.
Pour inverser cette tendance, Frank-Walter Steinmeier invite les capitales européennes à développer d’urgence leurs propres capacités. Il a évoqué le récent différend entre l’entreprise d’intelligence artificielle Anthropic et le Pentagone comme un potentiel « électrochoc » et une opportunité stratégique à saisir. L’Europe, a-t-il conclu, doit désormais s’appuyer sur ses talents, ses marchés et ses normes éthiques pour garantir son indépendance technologique et diplomatique.

