Le Premier ministre Ousmane Sonko a récemment annoncé l’annulation d’un marché public de 71,3 milliards de francs CFA destiné à la construction d’un hôpital de niveau 1 à Bakel et d’un centre de diagnostic à Fatick. Si la décision, prise en consultation avec le Président Bassirou Diomaye Faye, est justifiée par des « irrégularités et des surfacturations », elle met en lumière une urgence sanitaire persistante dans l’est du pays. Une analyse détaillée de cette situation a été livrée dans une contribution académique du Dr Saliou Dit Baba Diallo, publiée par IGFM.
Une rupture politique face à la réalité du terrain
L’annonce de la Primature s’inscrit dans la volonté de transparence et de révision des contrats publics prônée par les nouvelles autorités. Cette résiliation constitue, sur le plan symbolique, une reconnaissance institutionnelle des dysfonctionnements ayant entouré les projets d’infrastructures destinés à Bakel. Cependant, l’analyse relayée par IGFM souligne une ambivalence : bien que justifiée sur le plan de la rigueur budgétaire, cette annulation suspend la réalisation d’une infrastructure réclamée depuis l’indépendance par les populations locales.
Le document rappelle que la seule résiliation du marché ne résout pas le déficit d’accès aux soins. L’absence d’un hôpital adéquat contraint toujours les malades en situation critique à entreprendre des évacuations périlleuses vers Tambacounda, située à 250 kilomètres, ou vers Ourossogui.
Le lourd tribut d’un désert médical documenté
La situation sanitaire de Bakel est marquée par des décennies de sous-équipement. L’auteur de la contribution rappelle des épisodes tragiques, comme le décès en 1997 du jeune Seydou Diatourou Traoré, transporté vers Tambacounda à bord d’un véhicule agricole faute d’ambulance disponible. Jusqu’à récemment, les infrastructures locales se résumaient à des postes de santé vétustes et à un manque criant de médecins spécialistes.
Les améliorations notables ont souvent été portées par des initiatives privées ou associatives. À titre d’exemple, une ambulance médicalisée a été fournie en 2018 par la Convention des Cadres de Bakel, et une maternité a été inaugurée en mars 2023 grâce à un financement de 50 millions de francs CFA de la Fondation Sonatel, illustrant le rôle palliatif de la diaspora et des partenaires privés face à l’action de l’État.
Les mesures d’urgence préconisées
Pour éviter que l’annulation du marché ne prolonge indéfiniment cette précarité, des solutions concrètes sont avancées. La priorité identifiée est le lancement immédiat d’un nouvel appel d’offres transparent, associant les collectivités locales et la diaspora, avec un calendrier d’exécution précis.
Dans l’attente de la sortie de terre de ce futur hôpital, l’affectation urgente de médecins spécialistes (gynécologues, pédiatres, chirurgiens) et la dotation en équipements de diagnostic modernes pour le district sanitaire actuel sont recommandées. Enfin, la contribution insiste sur la nécessité d’adopter une approche communautaire de la santé, intégrant les langues locales (soninké, peul, wolof) et impliquant les autorités coutumières pour une meilleure efficacité des politiques de prévention.


