Depuis le déclenchement des hostilités par les États-Unis et Israël contre l’Iran il y a trois semaines, le trafic maritime dans le détroit d’Ormuz a chuté de 95 %. Face à cette paralysie d’une artère par laquelle transite environ un cinquième du pétrole mondial, Téhéran modifie sa stratégie pour passer à un blocus ciblé.
Selon les données du service d’analyse maritime Lloyd’s List relayées par Al Jazeera, l’Iran développe actuellement un nouveau système d’enregistrement et de vérification pour les navires souhaitant emprunter cette voie stratégique. Plusieurs pays, dont l’Inde, le Pakistan, l’Irak, la Malaisie et la Chine, ont entamé des discussions directes avec les autorités iraniennes pour sécuriser le passage de leurs bâtiments dans les eaux territoriales de la République islamique.
La procédure, pilotée par le Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI), exige des armateurs qu’ils communiquent à l’avance des détails exhaustifs sur la propriété du navire et la destination de sa cargaison. Ces informations doivent être transmises via un réseau d’intermédiaires affiliés à l’Iran et opérant à l’étranger.
Les données maritimes indiquent qu’un nouveau couloir naviguant dans les eaux iraniennes a émergé ces derniers jours, permettant le passage d’au moins neuf navires. Lloyd’s List précise qu’un pétrolier aurait déboursé 2 millions de dollars pour obtenir ce droit de transit, bien que l’application généralisée de cette facturation reste à confirmer.
Cette mise en place d’un filtrage marque une inflexion dans le discours iranien. Alors que le CGRI menaçait initialement d’incendier tout navire tentant de traverser le détroit, le ministre des Affaires étrangères, Abbas Araghchi, a déclaré cette semaine que le passage était « ouvert, mais fermé à nos ennemis ». En attendant l’officialisation du système, certains navires ont recours à des tactiques d’évitement, comme la désactivation de leur système d’identification automatique (AIS) ou la diffusion d’identifiants chinois.
Interrogé par Al Jazeera, Alex Mills, expert en commerce international et en droit maritime, estime que cette proposition iranienne va à l’encontre de l’approche traditionnelle consistant à naviguer discrètement dans ces eaux en temps de crise. Il souligne que les risques liés à la sécurité, aux assurances et aux régimes de sanctions existants pourraient dissuader les compagnies maritimes de se plier à ces nouvelles exigences.
« Les chaînes d’approvisionnement maritimes sont planifiées des mois à l’avance, donc même si le détroit rouvre demain, les ajustements d’itinéraires, les réservations et les commandes sont déjà verrouillés », précise le spécialiste à la chaîne qatarie, ajoutant que les impacts économiques de ce blocage sont déjà intégrés par le marché.


