Aux États-Unis, des groupes de défense de la santé et de l’environnement ont engagé des poursuites contre l’Agence de protection de l’environnement (EPA). Cette action en justice fait suite à la décision de l’administration de Donald Trump de retirer une réglementation de 2009 portant sur les changements climatiques.
Le texte en question, connu sous le nom de « déclaration de dangerosité » (endangerment finding), avait été instauré sous la présidence de Barack Obama. Il établissait que les gaz à effet de serre constituaient un risque pour la santé publique et la sécurité environnementale. Cette déclaration servait de base juridique à de nombreuses politiques visant à limiter les émissions. En février dernier, Donald Trump a annulé cette directive, une initiative soutenue par l’EPA qui l’a qualifiée de plus grande action de déréglementation de l’histoire du pays.
La plainte, déposée mercredi, avance que cette révocation met en péril le bien-être des citoyens. Selon les informations rapportées par Al Jazeera, Peter Zalzal, vice-président associé de l’Environmental Defense Fund, a déclaré que cette abrogation entraînera davantage de pollution et des milliers de décès évitables. Brett Heinz, chercheur en politiques publiques, a précisé à la chaîne de télévision que les populations vivant à proximité des installations de combustibles fossiles seront les premières exposées aux nouvelles pollutions de l’air et de l’eau. Sans cette règle, l’EPA perd son fondement légal pour contraindre les centrales à charbon et les raffineries à moderniser leurs équipements.
Si les experts consultés par Al Jazeera soulignent le caractère inédit des récentes politiques de l’actuelle administration, l’histoire montre une continuité dans les décisions liées à l’exploitation des ressources. Sous Theodore Roosevelt, les terres étaient traitées comme des matières premières pour les infrastructures. Harry Truman et Dwight Eisenhower ont favorisé l’expansion industrielle et autoroutière. Richard Nixon, bien qu’ayant créé l’EPA, a soutenu l’expansion des combustibles fossiles et autorisé l’utilisation de l’agent orange au Vietnam. Ronald Reagan a réduit les budgets de protection environnementale, tandis que George W. Bush a retiré le soutien américain au protocole de Kyoto.
Les administrations démocrates récentes ont également soutenu les énergies fossiles. Barack Obama a présidé au développement de la fracturation hydraulique, hissant les États-Unis au premier rang des producteurs mondiaux de pétrole et de gaz. Joe Biden a, pour sa part, approuvé le projet Willow en Alaska, dont les estimations prévoient l’émission de 239 à 280 millions de tonnes de gaz à effet de serre, et a favorisé l’exportation de gaz naturel liquéfié. Ted Steinberg, professeur d’histoire, indique que cette trajectoire résulte d’un consensus bipartite autour de la croissance économique, influencé par les intérêts du secteur des hydrocarbures.
Cette dynamique interne se répercute à l’échelle internationale. Les États-Unis exercent une pression sur d’autres nations concernant les accords environnementaux. En Europe, où les prix de l’électricité ont augmenté d’environ 20 % entre 2021 et 2022 selon Eurostat, certains objectifs climatiques sont revus à la baisse. Lors de la Conférence des Nations unies sur les changements climatiques (COP) qui s’est achevée en novembre 2025 au Brésil, le projet d’accord final n’a inclus aucune feuille de route pour la transition énergétique et a totalement omis le terme « combustibles fossiles ».


