Au lendemain du premier tour des élections municipales en France, le paysage politique s’active avant la date limite de dépôt des listes pour le second tour, fixée à ce mardi à 18 heures. Les résultats initiaux, marqués par une percée de La France insoumise (LFI) dans plusieurs centres urbains et des scores élevés du Rassemblement national (RN), ont déclenché d’intenses tractations. Si la gauche parvient à trouver des terrains d’entente dans plusieurs communes, les négociations se heurtent à des blocages majeurs dans les plus grandes métropoles.
Une dynamique de rassemblement s’observe dans plusieurs grandes villes, rapporte l’agence Anadolu. À Toulouse, où La France insoumise a devancé le Parti socialiste (PS), une liste commune a été rapidement annoncée pour affronter le maire sortant. À Besançon, la maire écologiste sortante, distancée par la droite, s’est ralliée à LFI. Des discussions similaires sont en cours à Lille entre socialistes, insoumis et écologistes, ainsi qu’à Lyon où la candidate LFI propose une fusion avec le maire écologiste sortant Grégory Doucet. À Nantes, le candidat insoumis a adressé une proposition de « front antifasciste » à la maire socialiste sortante Johanna Rolland, arrivée en tête.
Cependant, cette volonté d’union nationale vacille face à la situation dans la capitale. À Paris, le candidat socialiste Emmanuel Grégoire, largement en tête à gauche avec 37 % des suffrages, a catégoriquement rejeté l’offre de fusion de la candidate insoumise Sophia Chikirou. Ayant franchi la barre des 10 % nécessaires pour se maintenir, cette dernière a annoncé qu’elle présenterait sa propre liste au second tour en l’absence d’accord. Elle a publiquement dénoncé une asymétrie dans la stratégie socialiste, soulignant que les fusions sont acceptées là où LFI domine, mais refusées lorsque le PS est en position de force.
Le climat est tout aussi tendu à Marseille. Le maire sortant Benoît Payan, engagé dans un duel serré avec le candidat du RN Franck Allisio, a exclu toute alliance, déclarant refuser la moindre « tambouille ». Cette prise de position a suscité les critiques du député insoumis Sébastien Delogu, qualifié pour le second tour, qui réclame la formation d’un front commun contre l’extrême droite.
Ces divisions locales se répercutent au niveau des instances nationales. La secrétaire nationale des Écologistes, Marine Tondelier, a apporté son soutien aux alliances incluant LFI, fustigeant les figures de gauche comme François Hollande et Raphaël Glucksmann qui s’y opposent par principe. L’ancien président de la République avait en effet déclaré que La France insoumise n’était pas en capacité de remporter des villes en dehors de ses bastions traditionnels. Une sortie qualifiée d’« irresponsabilité absolue » par Manuel Bompard, coordinateur de LFI.
Les manœuvres politiques concernent également le bloc de droite. Dans la capitale, l’équipe de campagne de Rachida Dati a fermé la porte à toute alliance avec Sarah Knafo, candidate de Reconquête arrivée en cinquième position. Le camp de l’ancienne ministre privilégie un rapprochement avec Pierre-Yves Bournazel, représentant la coalition présidentielle Horizons/Renaissance.
Les états-majors politiques disposent de quelques heures pour finaliser leurs stratégies et déposer officiellement leurs listes, déterminant ainsi les configurations définitives du second tour prévu le 22 mars.

