Depuis la révélation de l’existence du réacteur nucléaire de Dimona dans le désert du Néguev en 1960, le programme atomique d’Israël a fait l’objet de multiples enquêtes. Si l’appui technologique de la France était documenté, l’origine des fonds colossaux nécessaires à sa construction restait l’une des grandes inconnues. De nouvelles données mettent aujourd’hui en lumière l’implication financière directe de l’Allemagne de l’Ouest.
Selon les informations relayées par l’agence Anadolu, s’appuyant sur un rapport du quotidien israélien Haaretz, le gouvernement de Bonn a secrètement financé le projet nucléaire israélien. Entre 1961 et 1973, un mécanisme de prêt clandestin a permis le transfert annuel de 140 à 160 millions de marks allemands vers Israël. Au total, l’enveloppe est estimée à près de 2 milliards de marks, soit l’équivalent de 5 milliards d’euros actuels. Un accord signé en 1989 a par la suite transformé ce prêt en subvention définitive.
L’initiative de ce rapprochement remonte à 1957. À l’époque, Israël bénéficiait déjà du soutien diplomatique et technologique de la France. Toutefois, le Premier ministre israélien David Ben-Gourion cherchait une garantie supplémentaire face à la montée du nationalisme panarabe incarné par le président égyptien Gamal Abdel Nasser. Il s’est alors tourné vers l’Allemagne de l’Ouest, dirigée par le chancelier Konrad Adenauer, percevant dans ce pays une puissance européenne émergente et convaincue de sa responsabilité morale après l’Holocauste.
Les bases de cette coopération ont été jetées lors d’une rencontre secrète à Bonn en juillet 1957 entre Shimon Peres, alors directeur général du ministère israélien de la Défense, et Franz Josef Strauss, ministre allemand de la Défense. Un tournant décisif a ensuite eu lieu en mars 1960 lors d’une entrevue à New York entre David Ben-Gourion et Konrad Adenauer, où la sécurité d’Israël a été directement liée à la réparation des crimes nazis.
Pour masquer ces transferts financiers massifs, les deux États ont mis en place une couverture civile. Le financement a été officiellement désigné sous le nom de code « Opération Ami des affaires » (Aktion Geschaftsfreund) et présenté comme une aide au « développement du Néguev ». Concrètement, les fonds transitaient par une banque de développement publique basée à Francfort, sous l’apparence de prêts commerciaux destinés à des pays en développement non identifiés.
La mise en œuvre de ce montage financier a traversé une zone de turbulences en mai 1960 avec l’annonce par Israël de la capture d’Adolf Eichmann. Le procès de ce haut responsable nazi risquait d’attirer l’attention sur des membres du gouvernement d’Adenauer ayant servi sous le Troisième Reich. Parmi eux figuraient Hans Globke, chef de cabinet du chancelier, et Hermann Abs, un banquier influent jouant un rôle central dans le mécanisme de transfert des fonds vers Israël.
Ces éléments factuels indiquent que l’édification du site de Dimona ne reposait pas uniquement sur les contribuables israéliens ou l’ingénierie française, mais s’appuyait structurellement sur des fonds publics allemands.

