L’escalade militaire franchit un nouveau palier entre Islamabad et Kaboul. L’armée pakistanaise a mené des frappes contre une installation militaire afghane située à Kandahar. Cette opération intervient en réponse à une série d’attaques aux drones ayant visé le territoire pakistanais, un acte qualifié de franchissement de « ligne rouge » par le président Asif Ali Zardari.
L’élément déclencheur de cette nouvelle offensive réside dans le déploiement de drones rudimentaires de fabrication locale depuis l’Afghanistan. Bien que l’armée pakistanaise affirme avoir intercepté ces appareils avant qu’ils n’atteignent leurs cibles, les débris ont blessé deux enfants à Quetta ainsi que des civils à Kohat et Rawalpindi. Une source sécuritaire a indiqué que la détection de ces aéronefs a entraîné la fermeture temporaire de l’espace aérien autour de la capitale, Islamabad.
En riposte, les forces pakistanaises ont ciblé samedi une base à Kandahar. Selon les informations rapportées par Al Jazeera, Islamabad soutient que cette infrastructure servait à la fois de pas de tir pour les drones et de base arrière pour des activités rebelles transfrontalières. L’aviation pakistanaise a également frappé un dépôt de carburant appartenant à la compagnie aérienne privée Kam Air, près de l’aéroport de Kandahar. Un responsable aéroportuaire a précisé que ce site approvisionnait des organisations humanitaires, dont les Nations Unies et le Comité international de la Croix-Rouge, soulignant l’absence d’installations militaires à cet endroit.
Cet échange de tirs s’inscrit dans un cycle de violences initié fin février. Dans la nuit de jeudi à vendredi, des bombardements pakistanais sur Kaboul et les provinces frontalières de l’Est avaient déjà causé la mort de six personnes, dont quatre dans la capitale, parmi lesquelles des femmes et des enfants. Dans le quartier de Pul-e-Charkhi, un habitant a témoigné s’être retrouvé enseveli sous les décombres de sa maison après une frappe.
La guerre de l’information accompagne les affrontements sur le terrain. Le ministère afghan de la Défense a affirmé avoir capturé un poste frontière pakistanais et tué 14 soldats. Une déclaration balayée par le porte-parole du Premier ministre pakistanais, qui accuse les autorités talibanes de tisser des fantasmes plutôt que de démanteler les réseaux rebelles. Kaboul continue de nier fermement les accusations d’Islamabad concernant l’hébergement de combattants et d’affiliés de la province de Khorasan du groupe État islamique.
Le coût humain de cette crise s’alourdit. La mission de l’ONU en Afghanistan recense au moins 75 civils tués et 193 blessés depuis l’intensification des hostilités le 26 février, dont 24 enfants. L’agence des Nations Unies pour les réfugiés fait état de près de 115 000 personnes déplacées. Une déstabilisation qui se déploie alors que la région subit déjà les ondes de choc du conflit impliquant les États-Unis, Israël et l’Iran. Malgré l’appel au dialogue lancé par le ministre chinois des Affaires étrangères, Wang Yi, les avions de chasse pakistanais survolaient déjà Kandahar au moment de sa déclaration.


