Au quinzième jour du conflit impliquant les États-Unis et Israël contre l’Iran, le détroit d’Ormuz reste l’épicentre d’une bataille stratégique majeure. Face au blocus imposé par Téhéran, le président américain Donald Trump a annoncé la formation d’une coalition navale internationale pour sécuriser cette route maritime vitale. Toutefois, la réalité sur le terrain révèle une dynamique complexe, où la diplomatie bilatérale de certains États vient bousculer la logique de confrontation militaire.
Dans un message publié samedi sur le réseau Truth Social, Donald Trump a affirmé que plusieurs nations enverraient des navires de guerre pour maintenir le détroit ouvert, citant spécifiquement la Chine, la France, le Japon, la Corée du Sud et le Royaume-Uni. Tout en assurant avoir « détruit 100 % des capacités militaires de l’Iran », le dirigeant américain a concédé que Téhéran conservait la possibilité de déployer des mines, des drones ou des missiles à courte portée. En réponse, il a promis de « bombarder massivement le littoral » et de cibler les embarcations iraniennes.
Cependant, l’efficacité de ce blocus n’est pas uniforme. Le ministre iranien des Affaires étrangères, Abbas Araghchi, a précisé que la fermeture ne visait que « les pétroliers et navires des ennemis et de leurs alliés ». Cette nuance a permis l’ouverture d’une brèche diplomatique inattendue. À la suite d’échanges directs entre le Premier ministre indien Narendra Modi et le président iranien Masoud Pezeshkian, deux navires indiens transportant du gaz de pétrole liquéfié ont pu traverser le détroit en toute sécurité samedi. La Turquie a également obtenu une exemption similaire pour l’un de ses navires, tandis que quatorze autres bâtiments turcs attendent encore l’autorisation de passage.
L’enjeu de cette paralysie dépasse largement le cadre militaire. Le détroit d’Ormuz voit transiter un cinquième du pétrole et du gaz naturel liquéfié mondial. Le blocage menace directement la sécurité alimentaire mondiale, notamment par l’interruption des exportations de gaz nécessaires à la fabrication d’engrais. Face à la pénurie, l’Inde a d’ailleurs dû activer des pouvoirs d’urgence pour protéger l’approvisionnement en gaz de cuisson de 333 millions de foyers, tandis que l’ONU alerte sur les risques pesant sur l’acheminement de l’aide humanitaire.
Sur le plan militaire, les États-Unis renforcent actuellement leur présence dans la région avec l’envoi de 2 500 Marines et du navire d’assaut amphibie USS Tripoli. Le secrétaire à la Défense, Pete Hegseth, a fermement démenti les rumeurs selon lesquelles le Pentagone aurait été pris au dépourvu par la fermeture du détroit.
Néanmoins, la stratégie américaine suscite le scepticisme chez certains spécialistes. Interrogé par Al Jazeera, Andreas Krieg, chercheur au King’s College de Londres, qualifie l’appel à la coalition de Donald Trump de « manœuvre désespérée dans une campagne d’information visant à calmer les marchés ». Selon l’expert, il n’existe pas de solution militaire rapide : envoyer des navires de guerre sans accord diplomatique préalable reviendrait à exposer des équipements extrêmement coûteux à des projectiles iraniens peu onéreux mais d’une grande efficacité. Une analyse partagée par la correspondante d’Al Jazeera à la Maison Blanche, qui souligne que l’arme la plus redoutable de l’Iran reste économique, la simple menace de dommages suffisant à paralyser le trafic commercial mondial.


