La décision a surpris plus d’un observateur du monde judiciaire. Poursuivi dans le cadre d’une affaire de présumé détournement de 31 milliards de francs CFA, Abdou Aziz Kane a obtenu la mainlevée de son bracelet électronique. Une mesure qui lui permet désormais de retrouver une liberté totale, après plusieurs mois marqués par une détention provisoire suivie d’une assignation à résidence sous surveillance électronique. Cette évolution de la procédure judiciaire intervient dans un dossier particulièrement médiatisé, lié notamment à l’entourage de Farba Ngom.
Avant-hier, la décision judiciaire est tombée : le bracelet électronique dont était porteur Abdou Aziz Kane lui a été retiré. À la suite d’une requête introduite par son avocat, Me Alassane Cissé, la justice a accédé à la demande de mainlevée de la mesure de surveillance. Le tailleur de profession peut ainsi reprendre le cours normal de ses activités et retourner dans son atelier situé à la Médina, à Dakar.
Abdou Aziz Kane avait été impliqué dans cette procédure en raison de ses liens d’amitié avec Hamady Ngom, plus connu sous le surnom de Demba, frère de Farba Ngom, personnalité politique et maire d’Agnam. L’affaire avait pris une ampleur considérable après l’ouverture d’une enquête portant sur un présumé détournement de fonds publics estimé à 31 milliards de francs CFA.
Dans ce contexte, Abdou Aziz Kane et son ami Hamady Ngom avaient été inculpés puis placés sous mandat de dépôt le 29 avril 2025. Les chefs d’accusation retenus contre eux étaient particulièrement lourds : association de malfaiteurs en vue de commettre des actes de blanchiment de capitaux, escroquerie portant sur des deniers publics et blanchiment de capitaux. L’ensemble des faits reprochés s’inscrivait dans l’enquête judiciaire visant à déterminer les responsabilités dans la gestion et la circulation présumée de ces importantes sommes d’argent.
Lors de ses auditions devant les enquêteurs puis devant le juge d’instruction, Abdou Aziz Kane a toujours rejeté les accusations portées contre lui. Il a expliqué n’entretenir avec Hamady Ngom qu’une relation d’amitié, sans implication dans les activités ou les affaires financières qui lui sont reprochées. Selon ses déclarations, il exerce simplement le métier de tailleur dans son atelier de la Médina et ne dispose d’aucune activité susceptible de l’impliquer dans des opérations financières d’une telle ampleur.
Au cours de la procédure, ses avocats ont également mis en avant plusieurs éléments destinés à démontrer l’absence d’implication de leur client dans les faits présumés. Ils ont notamment souligné que l’intéressé menait une activité artisanale modeste, affirmant même qu’il faisait face à des arriérés de loyers concernant son atelier. Des arguments présentés pour appuyer l’idée qu’il ne disposait ni des moyens ni des réseaux nécessaires pour participer à un système de détournement et de blanchiment de capitaux portant sur plusieurs dizaines de milliards de francs CFA.
Après plusieurs mois de détention provisoire, la défense avait introduit une requête visant à obtenir la mise en liberté provisoire de son client. Cette demande s’appuyait sur ce que les avocats ont qualifié de « contestations sérieuses » concernant les charges retenues contre lui. Dans un premier temps, le juge d’instruction avait rejeté cette requête.
Cependant, la décision a été contestée devant la Chambre d’accusation financière. Après examen du dossier, cette juridiction a infirmé l’ordonnance du juge d’instruction et ordonné l’assignation à résidence d’Abdou Aziz Kane avec port d’un bracelet électronique. Une mesure intermédiaire qui permettait sa sortie de prison tout en le maintenant sous surveillance judiciaire. Cette décision avait également bénéficié à son ami Hamady Ngom.
Depuis cette remise en liberté conditionnelle, Abdou Aziz Kane vivait donc sous le régime de l’assignation à résidence avec surveillance électronique. Le retrait du bracelet marque ainsi une nouvelle étape dans la procédure judiciaire le concernant. Désormais, il n’est plus soumis à cette contrainte et peut circuler librement, même si l’enquête et la procédure judiciaire se poursuivent.


