Deux semaines après le déclenchement des frappes des États-Unis et d’Israël sur Téhéran, le marché énergétique mondial traverse une zone de turbulences majeures. Conséquence directe de la fermeture du détroit d’Ormuz par l’Iran, une décision d’une ampleur inédite vient d’être actée pour tenter de freiner la flambée des cours du brut.
L’Agence internationale de l’énergie (AIE) a annoncé le déblocage de près de 400 millions de barils de brut issus des réserves d’urgence gouvernementales. Ce volume, qui représente un tiers des 1,2 milliard de barils détenus par les 32 pays membres de l’organisation, constitue la plus importante mise sur le marché de son histoire. L’institution justifie cette mesure par la nécessité de faire face à ce qu’elle qualifie de « plus grande perturbation de l’approvisionnement dans l’histoire du marché pétrolier mondial ».
Cette intervention massive répond aux frappes de représailles lancées par Téhéran contre Israël, ainsi que contre des installations militaires et énergétiques américaines dans les pays du Golfe. Le blocage du détroit d’Ormuz, artère vitale par laquelle transitent en moyenne plus de 20 millions de barils par jour (soit un cinquième de la production mondiale), a propulsé le prix du baril de Brent à plus de 100 dollars, contre 65 dollars avant l’assassinat du Guide suprême iranien, l’ayatollah Ali Khamenei, le 28 février dernier.
Les autorités iraniennes ont averti qu’elles ne laisseraient pas passer « un seul litre de pétrole » si les attaques se poursuivaient, menaçant de faire grimper les prix au-delà des 200 dollars. Le ton offensif adopté jeudi lors de sa première allocution par le nouveau Guide suprême, Mojtaba Khamenei, a d’ailleurs entraîné une nouvelle hausse immédiate des cours.
Selon la chaîne Al Jazeera, les États-Unis, qui possèdent la plus grande réserve stratégique déclarée au monde, contribueront à cet effort coordonné à hauteur de 172 millions de barils. Le président américain, Donald Trump, a confirmé cette mobilisation, précisant que le gouvernement s’emploierait ensuite à reconstituer ces stocks. Le secrétaire à l’Énergie, Chris Wright, a indiqué que les premières livraisons débuteraient la semaine prochaine et s’étaleraient sur environ 120 jours.
Malgré l’ampleur du volume annoncé, les analystes du secteur se montrent prudents quant à l’impact réel de cette mesure sur les pénuries mondiales, la qualifiant de simple « pansement ». Le département américain de l’Énergie estime qu’il faudra au moins 13 jours avant que le pétrole n’atteigne le marché, et les délais pourraient s’allonger jusqu’à la mi-mai pour les raffineries asiatiques, particulièrement touchées par la crise.
À cette contrainte logistique s’ajoute une difficulté technique : la réserve américaine compte actuellement 261 millions de barils de brut lourd (sour crude), dont le raffinage complexe nécessite des infrastructures spécifiques que de nombreux pays importateurs, comme l’Inde, ne possèdent pas en quantité suffisante.
Pour tenter d’atténuer la pression sur l’offre, l’administration Trump a pris des mesures complémentaires. Le Trésor américain a émis une dérogation de 30 jours autorisant l’achat d’environ 100 millions de barils de pétrole russe sous sanctions, actuellement en mer. Une suspension temporaire du Jones Act, loi maritime régissant le transport intérieur américain, est également à l’étude à la Maison-Blanche pour fluidifier la logistique nationale.


