La guerre impliquant les États-Unis, Israël et l’Iran met en lumière la vulnérabilité d’infrastructures civiles névralgiques dans l’une des régions les plus arides du globe. Les récentes opérations militaires ont directement touché des installations qui garantissent l’approvisionnement quotidien en eau de millions de personnes au Moyen-Orient.
Cette semaine, le ministre iranien des Affaires étrangères a accusé les États-Unis d’avoir frappé une usine de dessalement sur l’île de Qeshm, située dans le détroit d’Ormuz. Selon les rapports officiels, cette attaque a coupé l’approvisionnement en eau de 30 villages. Vingt-quatre heures plus tard, Bahreïn a déclaré qu’un drone iranien avait causé des dommages matériels à l’une de ses propres installations de dessalement près de Muharraq. Cet enchaînement survient dans un contexte régional sous haute tension, marqué par de récentes salves ayant ciblé plusieurs pays du Golfe.
Les six États du Golfe (Bahreïn, Koweït, Oman, Qatar, Arabie saoudite et Émirats arabes unis) comptent plus de 62 millions d’habitants. Dépourvus de rivières permanentes et disposant de réserves souterraines limitées, ils abritent plus de 400 usines de dessalement sur leurs côtes, produisant environ 40 % de l’eau dessalée à l’échelle mondiale.
Le seuil de pénurie absolue d’eau fixé par les Nations Unies est de 500 mètres cubes par habitant et par an. La part moyenne d’eau douce naturelle dans le Golfe n’étant que de 120 mètres cubes, le dessalement comble ce déficit. Selon un rapport de 2023 du Centre statistique du CCG, relayé par Al Jazeera, ces six pays ont produit 7,2 milliards de mètres cubes d’eau douce par ce procédé, soit environ 334 litres par jour et par habitant.
La dépendance à cette technologie varie selon les États. Le Qatar est le plus tributaire de ce système : le dessalement représente 61 % de son approvisionnement total et plus de 99 % de son eau potable. Bahreïn suit avec 59 % de son approvisionnement global et plus de 90 % pour l’eau potable. Le Koweït s’appuie sur ce procédé à hauteur de 47 %, tandis que les Émirats arabes unis affichent un équilibre (41 % par dessalement, 46 % par les eaux souterraines). Oman produit 23 % de son eau via ses usines.
L’Arabie saoudite, pays le plus peuplé de la zone avec 37 millions d’habitants, produit le plus grand volume d’eau dessalée (3 milliards de mètres cubes en 2023). Cependant, elle reste proportionnellement la moins dépendante du Golfe (18 %), puisant 79 % de ses besoins dans ses nappes phréatiques.
Ce processus de transformation de l’eau de mer s’effectue principalement par deux méthodes. La distillation thermique consiste à chauffer l’eau filtrée pour récupérer la vapeur condensée, laissant le sel et les minéraux derrière. L’osmose inverse, devenue la méthode privilégiée, utilise des pompes à haute pression pour forcer l’eau de mer à travers une membrane semi-perméable. Selon les données techniques, cette seconde option s’impose car elle est moins onéreuse, consomme moins d’énergie et évite la pollution thermique liée au rejet d’eau chaude dans la mer.


