La République islamique d’Iran traverse une phase de communication complexe vis-à-vis de ses voisins du Golfe. Alors que la région subit les retombées des affrontements entre Téhéran, les États-Unis et Israël, les plus hautes autorités iraniennes multiplient les déclarations contradictoires, laissant le terrain militaire dicter la réalité de la crise.
Samedi, le président iranien Masoud Pezeshkian a pris la parole pour présenter des excuses aux nations voisines touchées par les récentes frappes de représailles de Téhéran. « Je m’excuse personnellement auprès des pays voisins qui ont été attaqués par l’Iran », a-t-il déclaré dans un message enregistré, affirmant ne pas avoir eu l’intention de violer leur territoire. Cependant, cette ligne diplomatique a été immédiatement contrée par le puissant Corps des Gardiens de la révolution islamique (CGRI). Dans un communiqué publié peu après, l’organisation militaire a averti que si les actions hostiles se poursuivaient, toutes les bases américaines et israéliennes dans la région deviendraient des cibles principales.
Face à ce désaveu public, Masoud Pezeshkian a tenté de clarifier sa position sur le réseau social X, puis dimanche, en affirmant que ses propos avaient été mal interprétés par « l’ennemi ». La diplomatie iranienne a également publié une déclaration assurant que ses opérations défensives ne devaient pas être perçues comme une hostilité envers la région. Selon l’analyse d’Al Jazeera, ces dissonances illustrent la prééminence du CGRI sur les affaires stratégiques et militaires, reléguant le pouvoir civil au second plan en temps de crise.
Sur le terrain, les opérations militaires se sont poursuivies malgré les discours d’apaisement. Dimanche, une attaque de drone iranien a causé des dommages matériels à une usine de dessalement d’eau à Bahreïn, une infrastructure vitale pour l’approvisionnement du pays. Au Koweït, le ministère de l’Intérieur a déploré la mort de deux membres de son personnel en service, tandis que des attaques ont provoqué des incendies à l’aéroport international. L’Arabie saoudite, les Émirats arabes unis et le Qatar ont également signalé des interceptions de missiles et de drones dans leur espace aérien au cours du week-end. Le Qatar avait déjà documenté l’ampleur de ces tirs lors de précédentes vagues d’interceptions. Le Conseil de coopération du Golfe a qualifié ces frappes d’« actes d’agression dangereux ».
La situation a également fait réagir à l’international. Le président américain Donald Trump a affirmé sur sa plateforme Truth Social que l’Iran s’était rendu à ses voisins, qualifiant le pays de « perdant du Moyen-Orient ». Une interprétation fermement rejetée par les responsables iraniens interrogés par Al Jazeera, qui rappellent que la demande de Téhéran se limite à exiger des pays du Golfe qu’ils cessent de coopérer militairement avec Washington et Tel-Aviv en fermant leur espace aérien et leurs bases aux forces étrangères.


