La guerre en Iran, entrée dans son sixième jour, provoque une onde de choc sur les marchés énergétiques mondiaux. La paralysie du détroit d’Ormuz et les attaques ciblant les infrastructures pétrolières et gazières du Moyen-Orient créent un déficit d’approvisionnement majeur, reconfigurant les flux d’exportations vers l’Europe et l’Asie.
La navigation dans le détroit d’Ormuz, voie de transit pour un cinquième du pétrole et du gaz naturel liquéfié (GNL) consommés dans le monde, est quasiment à l’arrêt. Le Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI) a déclaré la fermeture de ce passage stratégique. Plusieurs navires ont été endommagés par des frappes, dont le pétrolier américain Stena Imperative, où un ouvrier a perdu la vie, et le navire Nova, battant pavillon hondurien. Au total, environ 150 navires sont actuellement bloqués dans la zone.
Les conséquences directes se font ressentir sur les infrastructures des pays voisins. QatarEnergy, le plus grand producteur mondial de GNL, a suspendu sa production à la suite d’attaques sur ses installations de Ras Laffan et Mesaieed. En Arabie saoudite, les opérations de la raffinerie de Ras Tanura, gérée par Saudi Aramco, ont été interrompues après un incendie causé par des débris de drones interceptés.
Face à cette rupture soudaine, la Corée du Sud, qui importe 20 % de son gaz de la région, a annoncé jeudi qu’elle pourrait épuiser ses réserves de GNL dans neuf jours. Séoul a immédiatement débloqué un fonds de stabilisation de 68,3 milliards de dollars pour faire face à la flambée des prix, le baril de Brent ayant bondi de 13 % au cours de la crise.
Ce vide sur le marché profite directement à d’autres acteurs majeurs. Selon les informations d’Al Jazeera, les États-Unis, devenus le premier exportateur mondial de pétrole et de GNL, ainsi que l’Australie, se positionnent pour combler l’absence du gaz qatari. Des entreprises américaines comme ExxonMobil et Cheniere disposent d’une fenêtre pour capter ces parts de marché en Asie et en Europe.
Toutefois, les capacités américaines tournent déjà presque à plein régime et la majorité des cargaisons sont verrouillées par des contrats à long terme. Parallèlement, la Russie tire avantage de la baisse des volumes saoudiens et iraniens. En s’appuyant sur une flotte de pétroliers échappant à la surveillance réglementaire classique, Moscou intensifie ses exportations de brut vers la Chine et l’Inde, profitant d’une conjoncture où l’application stricte des sanctions internationales devient secondaire face à l’urgence d’approvisionnement.


