La Chambre des députés d’Argentine a approuvé de justesse un projet de loi de réforme du travail, au terme d’une session parlementaire de douze heures. Ce vote, intervenu tôt vendredi, s’est déroulé alors qu’une grève nationale entraînait la fermeture de nombreuses usines et entreprises à travers le pays. Cette étape législative marque une victoire pour le président Javier Milei.
Le texte, qui doit encore être examiné par le Sénat avant une éventuelle promulgation d’ici la fin du mois, redéfinit les relations entre employeurs et salariés. Selon les informations rapportées par Al Jazeera, la législation facilite l’embauche et le licenciement, tout en limitant les indemnités de départ et les négociations collectives. Parmi les dispositions figure la création d’une « banque de temps » : ce système remplace le paiement des heures supplémentaires par l’octroi de temps libre différé, soumis à l’approbation de l’entreprise. Le projet de loi autorise également l’extension de la journée de travail de 8 à 12 heures et réduit la durée des congés ininterrompus.
Pour les membres de La Libertad Avanza, le parti présidentiel, ces changements visent à moderniser un marché du travail où près de 40 % des actifs évoluent dans le secteur informel. Les partisans du texte mettent en avant des incitations fiscales destinées à favoriser l’embauche légale, arguant que la loi stimulera la productivité et attirera les investissements étrangers. Depuis Washington, Javier Milei a salué ce vote sur le réseau social X.
Les syndicats et l’opposition affirment de leur côté que la loi privera les travailleurs de leurs droits fondamentaux. Roxana Monzon, députée du parti d’opposition Union por la Patria, a indiqué à Al Jazeera que le système de banque d’heures affectera particulièrement les travailleurs vulnérables, notamment les femmes ayant des charges familiales, puisque les employeurs pourront décider des horaires de travail.
Pendant les débats parlementaires, des milliers de manifestants se sont rassemblés devant le Congrès en soutien à la grève générale. Le mouvement a paralysé plusieurs secteurs, avec l’annulation de centaines de vols et la fermeture d’usines et de banques, tandis que les hôpitaux se limitaient aux services d’urgence. En fin de journée, les forces de sécurité ont fait usage de canons à eau, de gaz lacrymogène et de balles en caoutchouc contre les manifestants.
Le marché de l’emploi est une préoccupation centrale en Argentine, sur fond de profonde récession économique. Le Centre d’économie politique en Argentine (CEPA) a recensé la fermeture de plus de 20 000 entreprises comptant des employés déclarés entre novembre 2023 et septembre 2025, entraînant la perte d’environ 280 000 emplois sur cette période.


