La scène politique de Manille connaît une nouvelle secousse majeure qui redéfinit les rapports de force au sommet de l’État. Alors que les tensions entre les deux têtes de l’exécutif ne cessaient de s’intensifier ces derniers mois, la vice-présidente a choisi d’accélérer le calendrier électoral par une déclaration solennelle, mêlant ambition personnelle et regrets publics concernant ses choix stratégiques passés.
Sara Duterte, actuelle vice-présidente des Philippines, a officiellement annoncé mercredi son intention de briguer la présidence lors de l’élection de 2028. Cette déclaration, relayée par Al Jazeera, intervient dans un climat de confrontation ouverte avec le président Ferdinand Marcos Jr., dont elle fut pourtant la colistière victorieuse.
Lors d’une allocution diffusée en direct, Sara Duterte a déclaré : « Il m’a fallu 47 ans pour comprendre que ma vie n’a jamais été destinée à n’être que la mienne ». Elle a ajouté vouloir offrir sa vie et son avenir « au service de la nation », officialisant ainsi sa candidature : « Je suis Sara Duterte, et je suis candidate à la présidence des Philippines. »
Au-delà de l’annonce de candidature, la vice-présidente a posé un acte politique fort en demandant le « pardon » de ses partisans pour avoir soutenu Ferdinand Marcos Jr. lors du précédent scrutin. Les deux dirigeants, autrefois alliés, sont devenus des rivaux acharnés. Sara Duterte a justifié sa démarche en évoquant les difficultés persistantes du pays, citant la corruption, la pauvreté et la crise du coût de la vie.
Ce positionnement survient alors que l’étau judiciaire se resserre autour du clan Duterte. La vice-présidente fait face à plusieurs plaintes en destitution devant la Chambre des représentants, notamment pour corruption présumée et menaces à l’encontre du chef de l’État. Parallèlement, les relations avec l’exécutif se sont dégradées lorsque le gouvernement Marcos a commencé à coopérer avec la Cour pénale internationale (CPI).
Le père de la candidate, l’ancien président Rodrigo Duterte, est en effet dans le viseur de la justice internationale. Il doit prochainement recevoir la confirmation des charges pesant contre lui à La Haye pour crimes contre l’humanité, en lien avec la « guerre contre la drogue » menée durant son mandat (2016-2022).
Pour les observateurs, cette annonce précoce répond à une logique de survie politique. Cleve Arguelles, politologue interrogé par Al Jazeera, analyse cette manœuvre comme une tentative de « geler la panique » au sein de sa faction. Selon lui, le procès de son père à La Haye a considérablement élevé les enjeux pour la famille Duterte : « Lorsque le risque juridique augmente, la tentation de faire défection tôt pour sauver sa peau augmente aussi », explique-t-il, utilisant la métaphore d’un navire prenant l’eau où certains passagers chercheraient déjà les canots de sauvetage.


