La diplomatie américaine, sous la présidence de Donald Trump, navigue entre désengagement sur les principes globaux et interventions ciblées sur des zones de tension spécifiques. Alors que la ligne directrice semblait être un retrait des questions relatives aux droits de l’homme, le secrétaire d’État Marco Rubio a opéré un mouvement diplomatique distinct. À l’occasion d’une célébration culturelle majeure en Asie, l’administration a décidé de pourvoir une fonction officielle, créée par le Congrès mais politiquement sensible, qui place directement Washington en confrontation avec la doctrine de souveraineté de Pékin.
**Une nomination stratégique lors du Losar**
Le secrétaire d’État Marco Rubio a annoncé, ce mardi, la nomination de Riley Barnes au poste de coordinateur spécial des États-Unis pour les questions tibétaines. Cette annonce coïncide délibérément avec le Losar, le Nouvel An tibétain.
Riley Barnes, qui occupe déjà les fonctions de secrétaire d’État adjoint pour la démocratie, les droits de l’homme et le travail, reprend un rôle institué par le Congrès américain en 2002. Marco Rubio a profité de cette échéance pour marquer le soutien américain : « En ce premier jour de l’année du Cheval de Feu, nous célébrons le courage et la résilience des Tibétains à travers le monde », a-t-il déclaré dans un communiqué relayé par Al Jazeera.
Il a ajouté que les États-Unis restaient engagés à soutenir les « droits inaliénables » de cette population ainsi que leur héritage linguistique, culturel et religieux.
**Un contraste avec la politique générale de l’exécutif**
Cette décision intervient dans un contexte particulier pour l’administration Trump. Si l’exécutif s’est mis en retrait sur de nombreuses thématiques globales liées aux droits de l’homme, il maintient une pression ciblée sur certains États. Le texte précise que Washington a réduit ses prises de parole sur ces enjeux à l’échelle mondiale, tout en intervenant directement ou en menaçant des pays spécifiques comme le Venezuela, l’Iran, Cuba ou encore le Groenland (Danemark).
**La réaction attendue de Pékin**
Le ministère chinois des Affaires étrangères n’a pas réagi immédiatement à cette annonce, qui survient durant les congés du Nouvel An chinois. Toutefois, la position de Pékin sur ce mandat est historiquement tranchée. Lors d’une nomination similaire en 2020, durant le premier mandat de Donald Trump, le porte-parole Zhao Lijian avait qualifié ce poste de « manipulation politique » visant à interférer dans les affaires intérieures de la Chine et à déstabiliser le Tibet.
La Chine, qui gouverne la région depuis 1951 suite à ce qu’elle nomme une « libération pacifique », rejette systématiquement toute ingérence étrangère. Les dirigeants tibétains en exil accusent pour leur part Pékin de supprimer la culture locale et de séparer les familles, des allégations que les autorités chinoises nient en affirmant avoir mis fin au « servage féodal arriéré ».
**Reprise des émissions vers le continent**
Parallèlement à cette nomination diplomatique, un autre canal d’influence a été réactivé. Bay Fang, président de Radio Free Asia (RFA), média financé par le gouvernement américain, a annoncé la reprise de la diffusion vers la Chine.
Les opérations avaient été interrompues en octobre en raison de coupes budgétaires de l’administration Trump. La diffusion a pu reprendre grâce à des contrats privés pour les services de transmission et à un financement du Congrès approuvé par le président. Les programmes sont désormais de nouveau accessibles en mandarin, en tibétain et en ouïghour.


