La Commission européenne a franchi une nouvelle étape mardi dans la régulation des géants du numérique en ouvrant une enquête formelle contre le détaillant en ligne Shein. Cette procédure, lancée dans le cadre du règlement sur les services numériques (DSA), vise à déterminer si la plateforme a manqué à ses obligations de protection des consommateurs. Au cœur du dossier figurent des soupçons liés à la vente de produits illicites et à la conception même du site, jugée potentiellement addictive.
L’élément déclencheur de cette investigation remonte au mois de novembre dernier, lors d’une polémique née en France. Selon les informations rapportées par Al Jazeera, un organisme de surveillance des consommateurs avait alors identifié sur la plateforme des produits particulièrement troublants : des poupées sexuelles à l’effigie d’enfants. Ces articles, dont la « nature pédophile » laissait peu de place au doute selon les autorités françaises, avaient provoqué une vive émotion et attiré l’attention des régulateurs européens.
Au-delà de ces objets controversés, la Commission européenne étend ses investigations à d’autres manquements présumés. Bruxelles soupçonne le système mis en place par Shein de présenter un « risque systémique » pour les consommateurs à travers l’Union européenne. Les enquêteurs s’intéressent notamment à la présence d’armes sur le site, mais aussi aux mécanismes de recommandation algorithmique qui pourraient enfermer les utilisateurs dans une consommation compulsive.
La procédure officielle permet désormais à la Commission de rassembler des preuves, de mener des entretiens et d’exiger des documents internes. L’objectif est de comprendre comment la plateforme, fondée en Chine et basée à Singapour, s’assure que les mineurs ne sont pas exposés à des contenus inappropriés et comment elle filtre les produits illégaux.
Face à cette offensive réglementaire, l’entreprise a rapidement réagi. Dans un communiqué, Shein a affirmé vouloir « coopérer de manière constructive » avec les autorités européennes, assurant partager l’objectif de « garantir un environnement en ligne sûr et fiable ». Cette déclaration intervient alors que l’entreprise avait déjà été sollicitée à plusieurs reprises par la Commission pour fournir des détails sur ses protocoles de sécurité.
Ce dossier s’inscrit dans un contexte de durcissement global des contrôles envers les grandes plateformes technologiques. En Espagne, le Premier ministre Pedro Sanchez a récemment exhorté les procureurs à enquêter sur les contenus sexualisés présents sur les réseaux sociaux, déclarant que « l’impunité de ces géants doit cesser ». D’autres acteurs majeurs comme AliExpress, TikTok ou X (anciennement Twitter) font également l’objet de procédures similaires sous l’égide du DSA, qui vise à assainir l’espace numérique européen depuis son adoption en 2022.

