La pénurie de carburant qui frappe l’île des Caraïbes prend une tournure sanitaire inquiétante. Alors que les services de voirie sont quasi-paralysés à La Havane, Washington maintient sa pression maximale, le président américain allant jusqu’à redéfinir le statut politique de l’île sur la scène internationale.
La vie quotidienne à La Havane se heurte désormais à une réalité visuelle et olfactive difficile. La crise énergétique, exacerbée par le blocus imposé par les États-Unis, a mis à l’arrêt la majorité de la flotte logistique de la capitale, transformant les rues en décharges à ciel ouvert.
Selon les données relayées par Al Jazeera, la situation chiffrée est critique : sur les 106 camions-bennes que compte La Havane, seuls 44 sont actuellement opérationnels. Le manque de carburant cloue le reste de la flotte au sol, empêchant toute rotation régulière. Les conséquences sont immédiates pour les résidents. Jose Ramon Cruz, un habitant de la capitale interrogé par Reuters, témoigne d’une situation de paralysie totale : « Cela fait plus de 10 jours qu’un camion poubelle n’est pas passé ».
Le diagnostic radical de la Maison Blanche
Face à cette détresse sanitaire qui touche également d’autres villes de province, l’administration américaine ne montre aucun signe d’assouplissement. Au contraire, Donald Trump a saisi cette occasion pour porter un jugement définitif sur la situation politique de l’île.
Lundi, le président américain a qualifié Cuba de « nation faillie » (« failed nation »). « Ils n’ont même pas de carburant pour faire décoller leurs avions, ils bloquent leur piste », a déclaré Donald Trump, ajoutant que des discussions étaient en cours, notamment via le sénateur Marco Rubio. Pour Washington, la solution passe par un accord que La Havane devrait « absolument conclure » face à ce que le président américain décrit comme une « menace humanitaire ».
L’ombre du dossier vénézuélien
Cette asphyxie énergétique n’est pas fortuite. Elle résulte directement de la coupure des approvisionnements pétroliers en provenance du Venezuela, jadis poumon énergétique de l’île. Cette rupture fait suite à une séquence de tensions extrêmes entre Washington et Caracas, marquée, selon nos informations, par un raid militaire américain et l’arrestation du président vénézuélien Nicolas Maduro en janvier dernier.
L’étau se resserre d’autant plus que Donald Trump a récemment signé un décret exécutif permettant de sanctionner tout pays fournissant du pétrole à Cuba. Interrogé sur une éventuelle intervention directe contre le gouvernement cubain, similaire à l’opération menée au Venezuela, le président américain a estimé que cela ne serait « pas nécessaire », tout en pressant les dirigeants cubains d’accepter un accord « avant qu’il ne soit trop tard ».
Une aide internationale qui s’organise
Malgré le blocus de facto, des canaux de solidarité tentent de pallier l’urgence. Le Mexique a dépêché la semaine dernière deux navires de la marine transportant 800 tonnes d’aide humanitaire. De son côté, l’Espagne, par la voix de son ministre des Affaires étrangères Jose Manuel Albares, a annoncé lundi l’activation de son agence de développement et des Nations Unies pour acheminer des secours.
Le ministre cubain des Affaires étrangères, Bruno Rodriguez Parrilla, actuellement en tournée diplomatique pour chercher des soutiens en Chine et au Vietnam, a profité de son passage à Madrid pour dénoncer sur la plateforme X « l’hostilité croissante des États-Unis » et les violations du droit international.


