C’est un projet immobilier qui, sur le papier, ressemble à une extension classique de colonie, mais qui, dans les faits, pourrait redessiner les cartes de la région. Israël a dévoilé un plan de construction massive en Cisjordanie occupée qui, selon les observateurs et les autorités palestiniennes, utilise un artifice administratif pour modifier silencieusement les frontières de Jérusalem.
L’annonce concerne la construction de 2 570 nouveaux logements. Officiellement, ce développement est présenté par l’État hébreu comme une extension de la colonie de Geva Binyamin, également connue sous le nom d’Adam, située au nord-est de Jérusalem. Cependant, l’analyse des plans révèle une réalité géographique bien différente qui soulève de vives inquiétudes quant au statut futur des territoires concernés.
Une connexion administrative trompeuse
Le cœur du problème réside dans la localisation exacte des terrains désignés. Bien qu’administrativement rattachés à la colonie d’Adam, ces futurs logements en sont physiquement séparés par une autoroute et un mur de sécurité. Selon les informations rapportées par notre source Al Jazeera, le site de construction se trouve en réalité contigu à la colonie de Neve Yaakov, située, elle, à Jérusalem-Est occupée.
Cette subtilité géographique n’est pas un détail technique. D’après le média israélien Ynet, cette manœuvre permettrait de facto la première extension des frontières municipales de Jérusalem depuis 1967. En rattachant ces unités à une colonie de Cisjordanie sur le papier, tout en les intégrant physiquement au tissu urbain de Jérusalem, le plan crée une continuité territoriale qui efface la ligne verte.
La thèse de l’annexion déguisée
Les réactions ne se sont pas fait attendre. Le gouvernorat de Jérusalem, rattaché à l’Autorité palestinienne, a dénoncé ce qu’il qualifie de « tentative flagrante de dissimuler le processus d’annexion derrière des titres de planification trompeurs ». Pour les Palestiniens, il s’agit d’une méthode pour imposer une nouvelle réalité démographique et légale sans déclaration officielle.
L’organisation israélienne de défense des droits de l’homme, Peace Now, corrobore cette analyse. Selon l’ONG, désigner ce nouveau quartier comme une simple extension de la colonie d’Adam est un « prétexte » destiné à masquer l’application de la souveraineté israélienne sur des zones supplémentaires de la Cisjordanie. Le projet, destiné à la communauté ultra-orthodoxe, doit encore recevoir l’approbation finale du Comité supérieur de planification de l’administration civile israélienne.
Un contexte de tensions accrues
Ce projet s’inscrit dans une séquence d’accélération de la colonisation. Plus de 700 000 Israéliens vivent désormais dans des colonies en Cisjordanie et à Jérusalem-Est, jugées illégales au regard du droit international. En février, le cabinet de sécurité israélien avait déjà approuvé des mesures facilitant l’achat de terres par les colons en Cisjordanie.
La situation sur le terrain demeure explosive. Selon les données des Nations Unies, le seul mois de janvier a vu 694 Palestiniens chassés de leurs foyers en Cisjordanie en raison des violences et du harcèlement des colons, un chiffre record depuis le début de la guerre à Gaza en octobre 2023.


