L’affaire est d’une gravité exceptionnelle, mêlant traite d’êtres humains, pédophilie en bande organisée et transmission volontaire du VIH. Pourtant, le traitement public de ce dossier semble inversement proportionnel à l’horreur des faits décrits. Dans une chronique publiée par Le Quotidien, Fatou Warkha Sambe interroge les mécanismes de notre indignation collective et met en lumière les failles structurelles qui ont permis à un tel réseau de s’implanter au cœur de Dakar.
Les faits remontent officiellement au 1er avril 2025, date de l’interpellation à Beauvais (France) de Pierre Robert, surnommé « Peter Babtou ». Ce dirigeant dans l’hôtellerie, propriétaire d’un patrimoine conséquent incluant une villa aux Almadies, a vu son dossier s’épaissir avec la découverte de contenus pédopornographiques impliquant des mineurs sénégalais. L’enquête s’est accélérée le 6 février 2026 avec l’arrestation par la Division des investigations criminelles (DIC) de quatorze complices présumés à Dakar et dans d’autres localités. Les charges retenues sont lourdes : proxénétisme, viol sur mineurs de moins de 15 ans et actes contre nature.
Malgré ces éléments accablants, la mobilisation citoyenne reste en deçà des réactions observées lors de polémiques impliquant des célébrités ou des sujets de mœurs plus légers. Selon notre confrère Le Quotidien, cette asymétrie révèle une « hiérarchie de l’émotion » qui ne suit pas la gravité des violences, mais la notoriété des protagonistes. L’analyse pointe un paradoxe sénégalais où la morale surveille étroitement les corps et les déviances supposées, mais interroge rarement les dynamiques de pouvoir qui permettent l’exploitation des plus vulnérables.
Le dossier met en exergue une fracture sociale et géographique nette. D’un côté, une villa sécurisée aux Almadies, quartier des ambassades et des expatriés ; de l’autre, des mineurs recrutés dans les ruelles de Pikine et Grand-Dakar. L’enquête a révélé des transferts financiers de l’ordre de 26 000 euros envoyés au Sénégal entre 2015 et 2024 pour alimenter ce système. Pour la chroniqueuse, il ne s’agit pas d’un fait divers isolé, mais de la manifestation d’une « vulnérabilité organisée » où la précarité économique des victimes rencontre la puissance financière d’un prédateur protégé par son statut social.
Au-delà de la procédure judiciaire en cours, cette affaire soulève la question de la responsabilité collective et institutionnelle. L’accent est mis sur la nécessité de dépasser l’émotion pour investir dans la prévention : renforcement des services sociaux, lutte contre la déscolarisation et protection réelle de l’enfance. Comme le souligne la source, le silence ou l’indifférence face à ces mécanismes de domination économique et postcoloniale ne fait que préparer le terrain pour les prochains scandales.


