Le conflit au Proche-Orient ne se joue plus seulement sur le terrain militaire, mais s’étend désormais aux rayons des supermarchés et aux couloirs des parlements européens. Alors que les appels au boycott économique s’intensifient sur le vieux continent, une bataille souterraine oppose syndicats et groupes de pression. De nouvelles révélations, appuyées par des documents confidentiels, mettent en lumière les mécanismes financiers et juridiques déployés pour contrer ces mouvements, impliquant directement des fonds gouvernementaux israéliens.
La mobilisation a pris un visage concret en Irlande, dans la ville côtière de Newcastle. Un employé de la chaîne de supermarchés Tesco, refusant par conscience de scanner ou de vendre des produits en provenance d’Israël, a été suspendu par sa direction. Selon les informations rapportées par Al Jazeera, cette affaire locale s’est transformée en précédent juridique. Face à la pression syndicale et au soutien populaire, l’enseigne a finalement réintégré le salarié en janvier, en le changeant de poste pour qu’il n’ait plus à manipuler les marchandises incriminées. « Ils ne m’ont pas licencié ; ils ne devraient pouvoir licencier personne d’autre », a déclaré l’employé, soulignant que cette décision ouvre une brèche pour d’autres travailleurs en Europe.
Ce mouvement syndical gagne du terrain. En Norvège et au Royaume-Uni, des motions similaires ont été adoptées, tandis que des coopératives en Italie et en Angleterre ont retiré certains produits israéliens de leurs étals. Au niveau étatique, l’Espagne et la Slovénie ont déjà pris des mesures pour restreindre le commerce avec les colonies illégales, créant un climat politique que Tel-Aviv juge préoccupant. En parallèle des initiatives diplomatiques américaines sur le dossier de Gaza, la pression économique européenne devient un levier que les lobbies pro-israéliens tentent activement de neutraliser.
C’est ici que le dossier prend une tournure plus opaque. Des documents divulgués par le site Distributed Denial of Secrets révèlent l’implication directe de l’État hébreu dans la lutte contre le mouvement BDS (Boycott, Désinvestissement et Sanctions). Selon ces archives, le ministère israélien des Affaires stratégiques a versé 130 000 euros (environ 85 millions de FCFA) à des cabinets d’avocats pour des missions de surveillance et de riposte juridique. L’une des cibles identifiées dans ces documents est Martina Anderson, ancienne députée européenne irlandaise et figure du Sinn Fein, connue pour son soutien à la cause palestinienne. Un cabinet a été spécifiquement mandaté pour « enquêter sur les mesures possibles » contre elle.
L’influence s’exerce également via des organisations comme B’nai B’rith International, qui a averti les législateurs irlandais que leur projet de loi sur les territoires occupés pourrait violer les lois fédérales américaines anti-boycott, menaçant ainsi les intérêts économiques de l’Irlande. Au Royaume-Uni, l’organisation ELNET finance des voyages en Israël pour des politiciens travaillistes, dont des membres de l’actuel gouvernement, cherchant à contrer législativement les initiatives de boycott locales. Alors que la violence persiste aux frontières d’Israël, cette guerre d’influence en Europe démontre que le front économique est devenu une priorité stratégique majeure pour toutes les parties prenantes.


