Téhéran affirme sa volonté de quitter la liste noire de l’organisme mondial de surveillance du blanchiment d’argent, malgré une opposition interne farouche et un durcissement des sanctions internationales. Le ministère iranien de l’Économie a déclaré dimanche que les efforts se poursuivraient, en dépit de « 20 ans d’obstruction » de la part de ses adversaires politiques nationaux.
Cette prise de position intervient deux jours après que le Groupe d’action financière (GAFI), basé à Paris, a renouvelé l’inscription de l’Iran sur sa liste noire. L’instance internationale a non seulement maintenu les sanctions existantes, mais a également intensifié les mesures d’isolement en ciblant un secteur jusqu’ici utilisé pour contourner les restrictions bancaires classiques.
**Un ciblage précis des actifs virtuels**
Selon les informations relayées par Al Jazeera, le GAFI a explicitement demandé aux États membres et aux institutions financières de renforcer leur vigilance sur les prestataires de services d’actifs virtuels (PSAV) et les cryptomonnaies. Cette nouvelle directive vise à colmater les brèches utilisées par Téhéran pour ses transactions internationales.
L’organisme recommande désormais que même les flux financiers liés à l’aide humanitaire, aux denrées alimentaires et aux frais diplomatiques soient traités « sur la base des risques », en raison des menaces de financement du terrorisme émanant de l’Iran. Le pays se retrouve ainsi isolé aux côtés de la Corée du Nord et du Myanmar, les deux seules autres nations figurant sur cette liste noire.
**L’économie parallèle en ligne de mire**
Cette pression accrue complique davantage l’accès aux transactions internationales pour les banques et les ressortissants iraniens. Le pays, dont la monnaie nationale ne cesse de se déprécier, est contraint de s’appuyer sur des intermédiaires tiers coûteux et opaques. Le GAFI exhorte désormais les petites banques étrangères, qui maintenaient encore des relations de correspondance avec l’Iran, à réévaluer ces liens.
**Le nœud du blocage interne**
L’adhésion aux normes du GAFI divise profondément la classe politique iranienne. Si le gouvernement actuel, dans la lignée de l’administration Rouhani, tente de faire valider les lois de conformité, les partisans de la ligne dure bloquent le processus depuis des années. Leur argumentaire repose sur deux craintes majeures.
Premièrement, ils estiment qu’une transparence financière totale entraverait la capacité de Téhéran à soutenir son « axe de la résistance », composé de groupes armés au Liban, en Irak, au Yémen et en Palestine. Une zone d’influence où les tensions restent vives, comme en témoigne la situation sécuritaire continue en Cisjordanie.
Deuxièmement, les radicaux redoutent que la divulgation des informations requises par le GAFI ne compromette les mécanismes de contournement des sanctions américaines. L’Iran utilise notamment une « flotte fantôme » de navires, qui désactivent leurs transpondeurs pour vendre du pétrole à la Chine, et s’appuie sur un réseau capillaire de bureaux de change dans les pays voisins comme la Turquie et les Émirats arabes unis.
**Des conditions rejetées par l’instance internationale**
Pour tenter d’apaiser ces inquiétudes domestiques, l’Iran avait ratifié deux lois liées au GAFI en 2025, mais en y intégrant des réserves spécifiques. Le texte stipulait que ces règles ne devaient pas nuire au droit des groupes luttant contre « l’occupation étrangère » et ne devaient en aucun cas être interprétées comme une reconnaissance d’Israël.
Ces conditions ont été rejetées par le GAFI, entraînant l’application automatique des contre-mesures renforcées qui pèsent aujourd’hui sur l’économie iranienne.


