Son nom est indissociable de l’une des journées les plus sombres pour la presse internationale. Présent aux côtés de Shireen Abu Akleh lors de son assassinat à Jénine en mai 2022, Ali al-Samoudi se trouve aujourd’hui dans une situation sanitaire critique. Incarcéré par les autorités israéliennes, ce vétéran de l’information subit une dégradation physique rapide qui alerte les observateurs internationaux.
Le Syndicat des journalistes palestiniens a lancé un avertissement formel : la vie du reporter de 59 ans est désormais en danger immédiat. Arrêté en avril dernier lors d’un raid à Jénine, Ali al-Samoudi est maintenu en détention administrative, un régime carcéral controversé qui permet à Israël d’emprisonner des suspects indéfiniment sans inculpation ni procès.
**Une dégradation physique alarmante**
D’après les éléments rapportés par Al Jazeera, l’état de santé du journaliste s’est effondré au fil des mois. Le bilan médical dressé par la Société des prisonniers palestiniens (PPS) est lourd : al-Samoudi a perdu environ 40 kilogrammes depuis son incarcération. Il souffre de multiples pathologies, notamment de la gale, de diabète, d’hypertension et d’ulcères à l’estomac.
Le rapport fait également état de saignements de gencives continus, de pics de fréquence cardiaque et d’évanouissements récurrents. Lors de son transfert vers la prison de Megiddo, des sources citées par l’agence Wafa indiquent qu’il a été traité de manière « inhumaine », ses lunettes ayant été brisées et ses vêtements confisqués. Une situation aggravée par ce que ses soutiens qualifient de « négligence médicale délibérée ».
**L’absence de preuves formelles**
Le fond du dossier juridique interroge autant que son volet humanitaire. Initialement soupçonné de transférer des fonds au Jihad islamique palestinien, Ali al-Samoudi n’a jamais été formellement jugé pour ces faits. L’armée israélienne a elle-même reconnu, dans une déclaration transmise à CNN, que « des preuves suffisantes n’ont pas été trouvées contre lui » pour un procès classique.
Cependant, les autorités militaires ont opté pour la détention administrative, justifiant cette mesure par des renseignements classifiés selon lesquels sa simple « présence » constituerait un danger pour la sécurité de la région. Cette ordonnance, renouvelée à plusieurs reprises, a été prolongée de quatre mois supplémentaires en janvier dernier.
**Un témoin gênant ?**
Pour le journaliste, cette détention ne doit rien au hasard. Blessé par balle le jour même où sa collègue d’Al Jazeera tombait sous les tirs d’un sniper israélien, il estime être ciblé pour son statut de témoin et sa profession. Selon son avocat, les autorités israéliennes éviteraient un procès public « de peur d’un retour de bâton international et d’un scandale ».
« J’ai reçu une balle le jour où ma collègue Shireen Abu Akleh est tombée en martyre, ma détention est donc arbitraire, injuste et illégale », a-t-il déclaré via sa défense.
Ce cas s’inscrit dans un contexte plus large de pression sur les médias dans la région. Selon le Comité pour la protection des journalistes (CPJ), plus de 90 journalistes palestiniens ont été arrêtés par Israël depuis le début de la guerre à Gaza en octobre 2023. Le Syndicat des journalistes palestiniens appelle désormais les organisations internationales de défense des droits humains à exercer une pression urgente pour obtenir sa libération avant que l’irréparable ne se produise.


