L’audition devait porter sur une supervision générale du ministère de la Justice, mais elle s’est rapidement transformée en un face-à-face tendu autour de l’un des dossiers les plus sensibles de l’histoire judiciaire américaine. Mercredi, à Washington, la ministre de la Justice Pam Bondi a dû répondre aux interpellations virulentes de la commission judiciaire de la Chambre des représentants. Au cœur des échanges : la gestion controversée des archives liées au défunt financier et délinquant sexuel Jeffrey Epstein, dont une partie substantielle reste inaccessible au public malgré les obligations légales.
**Une transparence jugée incomplète par le Congrès**
La tension est montée d’un cran lorsque le représentant démocrate Jamie Raskin a directement interpellé l’Attorney General sur l’application du « Epstein Files Transparency Act ». Cette loi, votée en novembre avec un soutien bipartisan, impose au ministère de la Justice de rendre publics six millions de documents, photographies et vidéos liés à l’affaire. Or, selon les chiffres avancés lors de l’audience, seule la moitié de ce volume a été transmise.
Pam Bondi justifie cette rétention de trois millions de documents par leur caractère « dupliqué ». Une explication rejetée par Jamie Raskin, qui affirme que ces archives manquantes contiennent des mémos cruciaux relatant les déclarations des victimes. Pour l’élu démocrate, cette sélection s’apparente à une tentative de « dissimulation massive » orchestrée depuis le ministère pour épargner l’embarras à certains complices ou abuseurs.
**La question des caviardages et la présence des victimes**
Outre le volume des fichiers, la méthode de publication suscite des critiques. De nombreux documents rendus publics comportent de lourdes redactions (passages noircis), masquant l’identité de personnalités potentiellement impliquées. La représentante Pramila Jayapal a dénoncé une volonté de protéger des « prédateurs puissants ».
La séquence a pris une tournure particulièrement visuelle avec la présence, dans la salle, de plusieurs survivantes du réseau de trafic sexuel d’Epstein, dont Teresa Helm et Jess Michaels. Interpellées par Pramila Jayapal, ces femmes ont unanimement levé la main pour signifier qu’elles n’avaient jamais été reçues par le ministère de la Justice, contredisant l’image d’écoute affichée par l’administration.
**La défense de l’administration et le contexte politique**
Face à ces accusations, Pam Bondi, ancienne procureure de Floride, a refusé de « descendre dans le caniveau », selon ses termes rapportés par Al Jazeera. Elle a accusé les Démocrates d’instrumentaliser l’affaire Epstein pour détourner l’attention du bilan de Donald Trump. Si elle a présenté ses excuses aux victimes présentes pour les souffrances endurées à cause du « monstre » Epstein, elle a maintenu sa ligne de défense sur la gestion technique des dossiers.
Cette confrontation intervient alors que Donald Trump lui-même a qualifié le scandale Epstein de « canular » démocrate, bien que, paradoxalement, une partie de sa base électorale réclame également la publication intégrale des fichiers. Au-delà du cas Epstein, l’audition a également abordé les inquiétudes concernant une supposée « liste d’ennemis » politiques et les poursuites engagées, puis abandonnées, contre des figures opposées à l’administration actuelle, telles que James Comey ou Letitia James.


